LEGO Ideas est la plateforme du groupe LEGO où n’importe qui peut proposer sa propre création. Un projet qui réunit 10 000 votes passe devant un comité interne, et peut devenir un set officiel vendu en boutique. Le créateur touche alors 1 % des ventes nettes. La fusée Saturn V de la NASA et la Cabane dans les arbres sont nées comme ça.
J’ai passé pas mal de soirées à traîner sur cette plateforme, et je trouve le mécanisme fascinant. Ce n’est pas un concours de dessin. C’est une chaîne complète, de l’idée sur une table de salon jusqu’à la boîte en rayon. Si vous aimez construire en plastique, le raisonnement rejoint celui que j’expliquais dans mon guide pour bien débuter en Gunpla : les contraintes du fabricant expliquent presque tout.
LEGO Ideas, comment ça marche concrètement
Le principe tient en une phrase : vous construisez un modèle avec de vraies pièces LEGO, vous le photographiez, vous le publiez sur ideas.lego.com, et la communauté vote.
L’escalier des votes
Le parcours est découpé en paliers, avec un chrono à chaque étape. Il faut 100 soutiens dans les 60 premiers jours, sinon le projet expire. Ensuite vous avez un an pour atteindre 1 000 soutiens. Puis six mois pour arriver à 5 000. Puis six mois encore pour décrocher les 10 000.
Ce découpage n’est pas décoratif. Il fait le tri. Un projet qui séduit trois amis meurt en deux mois. Un projet qui trouve son public passe le premier palier en quelques jours, souvent porté par un relais sur Reddit ou par un blog spécialisé. La plupart des créations meurent entre 1 000 et 5 000, dans ce ventre mou où l’effet de nouveauté est retombé.
Ce que LEGO regarde ensuite
Les 10 000 votes ne sont pas un feu vert. Ils sont un ticket d’entrée. Le projet rejoint alors une fenêtre de revue, examinée par un comité qui mélange designers, marketing et juristes. On y parle faisabilité technique, coût des pièces, potentiel commercial, cohérence avec les gammes existantes et droits d’auteur.
Cette revue prend six à huit mois. Elle se solde par une validation, un refus, ou parfois une mise en attente pour un cycle ultérieur. Beaucoup de projets excellents tombent pour des raisons qui n’ont rien à voir avec leur qualité de construction : une licence déjà exploitée par un concurrent, un sujet trop proche d’un set déjà en préparation, un modèle impossible à emballer à un prix tenable.
De CUUSOO à LEGO Ideas, une histoire qui commence au Japon
La plateforme n’est pas née au Danemark. Elle démarre en 2008 sous le nom LEGO CUUSOO, en partenariat avec l’entreprise japonaise Cuusoo. Le mot vient du japonais 空想 (kūsō), qu’on traduit par rêverie ou fantaisie. Difficile de trouver plus juste comme nom de projet.
Le premier set issu de la plateforme sort au Japon en février 2011 : le sous-marin de recherche Shinkai 6500. Le deuxième, la sonde spatiale Hayabusa, devient en juillet 2012 le premier set CUUSOO distribué à l’international. La bascule vers le nom LEGO Ideas, et vers une plateforme ouverte au monde entier, arrive en 2014.
J’aime beaucoup ce détail d’origine. La plateforme la plus démocratique de LEGO vient d’une expérimentation japonaise sur la précommande participative, pas d’un plan marketing scandinave.
2026, une année record pour LEGO Ideas
La première fenêtre de revue de 2026 s’est refermée le 4 mai. Résultat : 97 projets ont franchi la barre des 10 000 soutiens depuis début janvier. C’est le plus gros contingent jamais réuni pour un seul cycle d’examen.
La communauté a suivi la même courbe, passant d’environ 3,24 millions de membres à 3,43 millions sur la période. Les résultats de cette revue sont attendus vers la fin de l’année, une fois les six à huit mois d’examen écoulés. La fenêtre suivante, elle, s’ouvre le 7 septembre 2026.
Ce chiffre de 97 dit quelque chose d’intéressant. Atteindre 10 000 votes est devenu beaucoup plus facile qu’il y a dix ans, parce que la communauté a grossi et que les réseaux amplifient. Le goulot d’étranglement s’est déplacé. Il n’est plus dans le vote, il est dans la revue. LEGO ne produit qu’une poignée de sets Ideas par an. Faites le calcul : la sélection finale est plus dure qu’un concours d’école d’ingénieur.
Deux sets emblématiques nés sur la plateforme

La Saturn V de la NASA (21309). Felix Stiessen et Valérie Roche ont déposé leur projet en août 2014 et atteint les 10 000 soutiens en novembre 2015. Le set est sorti le 1er juin 2017. Il compte 1 969 pièces, clin d’œil à l’année du premier pas sur la Lune, et mesure environ un mètre une fois dressé. Les deux créateurs ne s’étaient jamais rencontrés en personne. Leur interview sur Brickset vaut le détour.

La Cabane dans les arbres (21318). Kevin Feeser, coiffeur français et fan de longue date, dépose son projet en octobre 2017. Quatre mois plus tard, les 10 000 soutiens sont là. Le set sort en août 2019 avec 3 036 pièces. Sa particularité : ses 185 feuilles et éléments végétaux sont en polyéthylène d’origine végétale, produit à partir de canne à sucre. C’était à l’époque la plus forte concentration de pièces bio-sourcées dans un set LEGO.
Ce qu’il faut savoir avant de déposer un projet
Les règles sont publiques et assez strictes. Un projet doit compter entre 200 et 5 000 éléments, un plafond relevé depuis septembre 2024. Il doit utiliser uniquement des pièces LEGO existantes, dans des couleurs qui existent vraiment.
Côté sujets, la liste des interdits est claire : pas de licence déjà exploitée par LEGO, pas de répliques d’armes à taille réelle, pas d’alcool, de drogue ni de sexe, pas de référence religieuse, pas de conflit armé postérieur à la Seconde Guerre mondiale, pas de jeu de tir à la première personne.
Mon conseil, après avoir vu passer beaucoup de projets : soignez les photos avant de soigner le modèle. Un rendu propre, un fond neutre, trois angles utiles et une image qui raconte l’objet en une seconde. Sur une plateforme où l’on vote au pouce levé, la présentation fait la moitié du travail. L’autre moitié, c’est de choisir un sujet que des dizaines de milliers de personnes ont envie de poser sur une étagère, pas seulement vous.
Questions fréquentes
Combien de votes faut-il pour que LEGO étudie un projet ?
Il faut 10 000 soutiens, atteints par paliers : 100 en 60 jours, 1 000 en un an, 5 000 six mois plus tard, puis 10 000 dans les six mois suivants. Une fois la barre franchie, le projet entre dans la fenêtre de revue en cours et l’examen dure six à huit mois.
Que gagne le créateur si son projet devient un set ?
Le créateur reçoit 1 % des ventes nettes du produit, dix exemplaires du set final, ainsi qu’un crédit et une biographie dans la boîte et les supports de communication. Le modèle est ensuite retravaillé par les designers de LEGO, qui adaptent la construction aux contraintes de production.
Peut-on proposer un projet basé sur un film ou un jeu vidéo ?
Oui, mais seulement si la licence n’est pas déjà exploitée par LEGO. Un projet Star Wars ou Harry Potter sera refusé d’office. Si le projet est retenu, LEGO doit négocier les droits avec l’ayant droit, ce qui explique qu’une partie des candidats validés par les votes n’arrive jamais en rayon.
Le mot de la fin
Ce qui me plaît dans LEGO Ideas, c’est que la plateforme rend visible un travail habituellement invisible. Des gens construisent des choses remarquables dans leur salon depuis des décennies. La différence, c’est qu’aujourd’hui un coiffeur français peut voir sa cabane dans les arbres vendue à Tokyo, à Chicago et à Melbourne.
97 projets en attente de verdict, c’est une belle promesse pour la fin d’année. Je vais suivre les annonces de près. Et si vous avez un modèle qui dort sur une étagère, la prochaine fenêtre s’ouvre le 7 septembre. Il reste largement le temps de refaire les photos.
Pour prolonger côté maquettes, j’avais écrit un tour d’horizon de l’univers Gundam. Deux passions différentes, une même logique d’assemblage patient.

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