La place de la médiologie dans le trivium

Un document retrouvé récemment sur une vieille disquette 3’5…

La médiologie dans le trivium

ou l’histoire un sport

d’équipe communicationnel

Pierre Lévy se propose ici de donner une place à la médiologie, place donnée en fonction de l’objet de la discipline. Mais comme l’objet de la médiologie est incertain, il n’est pas possible de délimiter le champs médiologique. L’étude faîte ici va tenter de définir ce qu’est la médiologie.

Sémiotique, pragmatique et médiologie

L’auteur s’appuie sur la distribution de Daniel Bougnoux, qui fragmente les sciences de la communication en trois disciplines: sémiotique, pragmatique et médiologie. Ce dernier intègre également à ces sciences la psychanalyse et la cybernétique qui sont des sources secondaires d’inspiration selon Lévy. Il les détache comme n’étant pas situées sur le même plan que les trois « principales » disciplines citées plus haut. Pierre Lévy se propose donc plus de définir ces trois domaines que d’en faire l’étude détaillée. Ce système tripartite ne forme qu’une seule substance, les sciences de l’information et de la communication (S.I.C.).

La sémiotique est la science des modes de production, de fonctionnement et de réception des différents systèmes de communication entre les individus ou les collectivités. Pierre Lévy présente cette science du signe et de la signification sous la forme d’un triangle dont les trois sommets sont le signifiant, le signifié et le référent.

Le signe linguistique est l’association d’une image phonique ou graphique appelée signifiant et d’un concept, d’un contenu sémantique appelé signifié. Ainsi quand nous entendons ou lisons le mot table (signifiant), ce mot évoque dans notre tête le concept de « table » (signifié), c’est-à-dire un objet avec certaines caractéristiques comme des pieds et un plateau. Mais ce signe linguistique renvoie à une réalité qui peut varier. On nomme référent ce qui désigne le signe linguistique.

Pierre Lévy les redéfinit sous les termes de signe, être, et chose. Comme il l’explique, l’être est celui qui produit ou pour qui est produit le message. Ce dernier prend sa signification grâce aux signes qui le composent. Et la chose est ce dont on parle. Il s’agit donc d’une relation entre émetteur, canal et objet désigné. Ces trois termes ne sont pas des « catégories ontologiques », il ne s’agit pas de spéculer sur le terme en soi. Il y a des interactions entre les trois et Lévy prend deux exemples afin de montrer qu’un mot peut être tour-à-tour signe, être ou chose.

La pragmatique, quant à elle, est l’étude non pas du moyen de communication, mais plutôt de la réception, de « l’acte de signifier pour quelqu’un ». Ceci fait jouer la relation entre un émetteur et un récepteur. Dans cette relation, le signe joue un rôle intermédiaire dans le processus de communication. Comme l’explique Lévy, l’enjeu pragmatique est la création d’une « situation » grâce à la production de signes dans le cadre d’une communication interpersonnelle.

La médiologie, dernière constituante des sciences de l’information et de la communication, s’intéresse -à l’inverse de la pragmatique- à l’effet de transmission du médium. Le point important est donc le véhicule du message à l’intérieur d’un groupe. D’ailleurs, le simple terme de « véhicule » suggère le déplacement d’un point à un autre. Pierre Lévy traite de la médiologie dans son rapport à deux dimensions: l’espace (« l’échelle collective » ou la relation que le message instaure entre les individus) et le temps (« l’échelle récursive » ou comment le message se situe dans les ¹ temporalités). La médiologie, selon Lévy, se situe donc au niveau de la transmission et le message « circule le long d’une chaîne humaine ». Etre, signe et chose sont les trois « collectivités » formant une équipe; trois collectivités mises en relation par la médiologie.

Sémiotique, pragmatique et médiologie sont les trois disciplines constitutives des sciences de l’information et de la communication qui étudient respectivement la production, le moyen et la transmission du message.

L’unité des sciences de l’information

et de la communication (S.I.C.).

Les trois disciplines, formant un tout, constituent l’essentiel des sciences de l’information et de la communication. Ces sciences, basées sur une certaine unité, ont pour objet d’étude les « rapports entre êtres, signes et choses ». Pierre Lévy, par la présentation de la sémiotique, de la pragmatique et de la médiologie, assure une certaine cohésion des sciences de l’information et de la communication à différentes échelles dont l’enjeu est de montrer les interactions entre êtres, signes et choses, à la base de ce que Lévy appelle « l’univers humain ». A un premier niveau se situe la sémiotique où s’amorce le fait de communiquer. Ensuite, la pragmatique s’intéresse à la situation communicationelle. Nous pouvons d’ailleurs rapprocher la pragmatique du concept de « message-cadre » de Bateson. Le but étant pour les deux de savoir « à quel jeu de langage on joue? ». L’intérêt est porté sur le message, ainsi que sur le contexte dans lequel le message est formulé. En dernier lieu, nous trouvons la médiologie, qui traite de la transmission du message dans un cadre spatio-temporel.

Pierre Lévy conclue en expliquant que l’apparente indépendance des termes est trompeuse car, en fait, ces trois disciplines sont constitutives des sciences de l’information et de la communication et dépendent les unes des autres. En effet, la communication ne pourrait se passer du « contenu » (dont la sémiotique donne les moyens de formuler des choses grâce aux signes), de la relation (que la pragmatique instaure entre les outils communicationnels) et de la transmission (domaine de la médiologie où on cherche à connaître l’aventure des messages).

L’Ancien Trivium

Dans cette partie, Pierre Lévy fait l’historique des institutions ayant donné vie aux sciences de l’information et de la communication. L’association sémiotique, pragmatique, médiologie est l’héritière d’un trivium plus ancien composé de la grammaire, la dialectique et la rhétorique, trivium datant de l’époque médiévale, et qui, comme l’écrit Pierre Lévy, pourrait être considéré comme l’ancêtre des sciences de l’information et de la communication. L’auteur nous explique qu’au Moyen-Age ce trivium était à la base d’une culture dite « haute » et dont le sommet était constitué de disciplines scientifiques. L’ancien trivium se définissait par la maîtrise du latin, de l’argumentation et de la persuasion dialectique. A ces « arts libéraux », Pierre Lévy oppose les « arts mécaniques », propriété des gens n’accédant pas à la « haute culture ». Si les « arts libéraux » se situent du côté de l’intellect, les « arts mécaniques » se placent d’un côté plus physique. Pierre Lévy ici se fait historien pour nous narrer comment au fil du temps les arts libéraux ont peu à peu perdu pieds jusqu’à n’apparaître plus qu’à l’état de « traces résiduelles » à l’époque napoléonienne.

La création de la 71ème section, la naissance des sciences de l’information et de la communication restitue la place que le trivium avait depuis longtemps perdu. L’émergence de ce nouveau savoir partage les spécialistes en deux camps. Pour les uns, les sciences de l’information et de la communication sont une discipline mineure, secondaire, une « sous-discipline ». Les autres voient dans ces sciences un nouveau sujet d’étude à part entière. La question que Pierre Lévy se pose est de savoir si les « S.I.C. » sont comme l’ancien trivium un tremplin vers la « haute culture ». Pierre Lévy réfléchit sur le fait que la communication prend un caractère économique dans le monde actuel. Puis est fait un rapprochement entre trivium et sophistique grecque, considérée comme son ancêtre.

En conclusion de son exposé, Pierre Lévy explique que les sciences de l’information et de la communication découlent de la sophistique grecque, la philosophie, les arts libéraux et surtout, comme il le précise, du trivium. Il annonce après que la suite de l’article portera sur l’esquisse d’un « fondement conceptuel solide et cohérent ».

Le Nouveau Trivium ou Trivium Généralisé

L’auteur nous explique que l’ancien trivium a disparu aujourd’hui car il est devenu trop limité. L’opposition aux arts mécaniques fait que ce trivium est entièrement basé sur le psychique et non sur le physique. La communication interpersonnelle était occultée au profit de l’Eglise pouvant ainsi diffuser ses principes à sa guise.

En gardant les composantes de l’ancien trivium (grammaire, dialectique et rhétorique), Pierre Lévy construit un tableau où il ajoute deux colonnes: « les rapports entre les êtres » (religion), et « les rapports avec les choses » (technologie), placés à gauche et à droite du « rapport de l’être avec les signes » (sémiologie). Religion, technologie et sémiologie sont déclinées sur trois modalités (rhétorique, dialectique et grammaire) et toutes les intersections d’une colonne et d’une ligne donnent un des « neuf plis de la communication » à savoir: politique, poétique, technologie, pragmatique, logique, pratique, sagesse, sémiotique et gymnastique.

Ici, les mots ne doivent pas être pris dans le sens premier car ils prennent une signification particulière. Puis, Pierre Lévy commente ce tableau dont les neuf classes du rapport de l’être interagissent entre elles. Selon Daniel Bougnoux, il faut « penser communicationnellement la communication » ce trivium généralisé. Il y a un rapport de réciprocité et chaque case donne une vision particulière sur le reste du tableau.

Pierre Lévy explique que les trois colonnes de son tableau sont analogues aux trois éléments qui distinguent l’homme de la bête: « l’outil, le langage et la religion ». Pour reprendre ses termes, le trivium généralisé montre les interactions et le rapport de constitution réciproque des différentes dimensions du monde humain. Cela sous-entend qu’un changement a des répercussions sur tout le reste du tableau. Chaque case a son importance et correspond à une compétence acquise où a acquis par l’individu.

Enfin, l’auteur fait l’annonce du traitement des « neuf plis de la communication » considérés depuis les modalités de la grammaire, de la dialectique et de la rhétorique. A l’intérieur de ces trois modalités sont déclinés leurs trois plis respectifs de communication de la manière suivante: opération, point d’application de l’opération, compétence et valeur. Ces tableaux fonctionnent en présentant d’abord l’analyse de la situation, puis les objectifs visés, par quels moyens on va atteindre ces objectifs et enfin le contrôle ou bilan de l’opération.

La place de la médiologie dans le trivium généralisé

Après une longue introduction, l’auteur entre dans le vif de son sujet. L’apparition du trivium généralisé est due en partie à l’éclatement de la « rhétorique antique », composée de cinq éléments: l’invention, la disposition, l’élocution, la mémoire et l’action. La rhétorique est l’art de persuader, les mots sont rendus « performatifs », c’est-à-dire qu’ils entraînent une action; le but est d’accrocher le public et que l’orateur entraîne le lecteur avec lui. La rhétorique s’est fragmentée en plusieurs sous-disciplines que l’on retrouve à présent dans différentes cases du trivium généralisé.

Nous trouvons la poétique comme art de bien dire, la politique comme art d’entraîner les foules. Puis, il est fait place à la pragmatique vue comme une loupe pointée sur les interactions entre les individus. La médiologie relève de la poétique, car son objet est l’étude de la transmission du message dans le temps et l’espace, ainsi que la question de savoir par quels moyens techniques une idée devient une force.

La poétique classique fait du message un corps autonome ayant prise sur la temporalité. La politique s’assure, quant à elle, de la « cohésion harmonieuse du collectif ». La médiologie cherche à connaître l’aventure du message, de même que les canaux qui le transportent. Cette discipline serait une orientation de la poétique dont l’intérêt se pencherait sur la technique et la politique.

Pour conclure, Pierre Lévy traite de « l’orientation politico-idéologique du médiologue » en prenant pour exemple Régis Debray. Ce dernier se méfie de ce qu’il appelle « les principes de régulation du collectif » ou marchés, qui sont d’ordre dialectique. A l’opposé, les relations interpersonnelles (politique) sont d’ordre rhétorique. Comme l’explique Debray, « l’ordre rhétorique est supérieur à l’ordre dialectique de l’interaction ». Selon Debray, technique, poétique et politique, appartenant tous les trois à la rangée rhétorique, sont les sujets étudiés par la médiologie en tant que groupement solidaire qui permettrait de fonder un collectif (à l’inverse des systèmes de régulation des interactions). Le point final du développement de Pierre Lévy aborde la question de la transcendance du collectif opposée à une rhétorique du sans-fond dans le fondement du groupe.

Au fil des pages, l’auteur nous a présenté les trois disciplines à l’origine des sciences de l’information et de la communication, puis les sciences de l’information et de la communication elles-mêmes. Ces sciences découlent d’un trivium médiéval modifié avec le temps jusqu’à donner un nouveau trivium grâce auquel, et à l’intérieur duquel, Pierre Lévy donne une place à la médiologie. Tout ceci montre bien que l’émergence d’un nouveau savoir n’est en fait que la réminiscence d’un savoir plus ancien, peu à peu modifié au fil des années.

Etude tirée de La place de la médiologie

dans le trivium écrit par Pierre Lévy

(Les cahiers de médiologies n°6,

Pourquoi des médiologues? (1998))

2 Comments

Gilles Cabon avril 15, 2011 Reply

Bonjour,
je suis Gilles Cabon.
Lauréats aux concours Lépine 2009, j’ai fait une grande découverte.
A partir d’une recette de cuisine, le kouign patatez, j’ai eu l’idée d’utiliser cette galette de pomme de terre comme support culinaire telle une pâte à pizza ou pâte à crêpe…Un concept à développer à l’infini…
gilles.cabon@voila.fr

Gilles Cabon avril 15, 2011 Reply

Bonjour,
je suis Gilles Cabon.
Lauréats aux concours Lépine 2009, j’ai fait une grande découverte.
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gilles.cabon@voila.fr

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