Le Jour de la Gratitude au Travail, Itoyama Akiko

Couverture de Le Jour de la Gratitude au Travail de Itoyama Akiko

Le Jour de la Gratitude au Travail rassemble deux récits d’Itoyama Akiko, disponibles en France chez Picquier poche. Curiosité d’édition : le volume porte le nom de la première nouvelle, mais c’est la seconde, Oki de matsu, qui a valu à l’auteure le prix Akutagawa en 2006. Deux textes courts, mordants et souvent drôles, qui observent le travail japonais du côté des femmes. Il n’en faut pas plus à Itoyama pour dresser un portrait au vitriol de l’entreprise nippone.

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Deux récits, une même colère tranquille

La première nouvelle suit Kyôko, la trentaine, sans emploi, qui a quitté un bureau gangrené par le harcèlement. La seconde met en scène deux collègues liés par un pacte étrange : détruire les données de l’autre à sa mort. Ce pacte sur les fichiers, à la fois absurde et touchant, dit tout du lien qui unit ces deux êtres, une intimité qui ne s’avoue jamais. Rien de spectaculaire, des vies ordinaires. Mais sous la surface, Itoyama loge une révolte froide contre un monde du travail qui broie sans bruit.

Le Japon salarial vu par les femmes

On connaît le cliché du salaryman dévoué corps et âme à son entreprise. Itoyama filme l’envers : les femmes, coincées entre plafond de verre et remarques déplacées. Elle sait de quoi elle parle. Avant d’écrire, elle a longtemps arpenté le pays comme commerciale. Elle ne fait pas de discours. Elle montre des scènes, des détails, une phrase de trop en réunion. C’est plus efficace qu’un pamphlet. On en sort avec une idée nette de ce que ces vies coûtent.

Un humour qui sauve

Malgré les sujets, on rit. L’ironie d’Itoyama est sèche, rapide, jamais méchante pour rien. Ses héroïnes encaissent avec une lucidité qui désamorce le pathos. C’est un humour de survie, celui qu’on développe quand on n’a pas le choix. On rit de travers, souvent, du rire de ceux qui reconnaissent une situation vécue. Il rend le livre léger là où il aurait pu être plombant, et c’est peut-être ce qui le rend si redoutablement efficace.

L’art du détail qui déplace tout

La force d’Itoyama tient dans un geste : repérer le détail qui, soudain, fait basculer la perspective. Une donnée d’ordinateur, un fantôme de collègue, une remarque anodine. À partir de presque rien, elle ouvre une trappe sous les pieds du lecteur. C’est cette bascule, ce petit décalage, qui sépare une nouvelle réussie d’une simple anecdote. Le fantastique s’invite parfois, discret, comme un prolongement naturel du quotidien de bureau.

Une voix encore rare en français

La littérature japonaise contemporaine traduite en France reste dominée par quelques grands noms. Itoyama y occupe une place discrète, alors qu’elle compte parmi les plumes les plus incisives de sa génération sur le monde du travail. Ce recueil est l’un des rares points d’entrée dans son oeuvre pour un lecteur francophone. C’est peu, au regard de ce qu’elle a publié au Japon. On espère que d’autres textes suivront, car cette voix mérite mieux que la confidentialité. En attendant, ces deux nouvelles suffisent à donner envie d’en lire davantage, ce qui est la marque des bons recueils.

L’auteur : Akiko Itoyama

Akiko Itoyama est née à Tokyo, dans l’arrondissement de Setagaya, le 22 novembre 1966. Diplômée de sciences politiques et économiques de l’université Waseda, elle travaille comme commerciale pour un fabricant d’appareils ménagers, sillonnant le pays. En 1998, des troubles bipolaires mettent fin à cette carrière et la poussent vers l’écriture. Plusieurs fois nommée, elle reçoit le prix Akutagawa en 2006. Son expérience de l’entreprise nourrit une oeuvre lucide sur le travail et ses violences ordinaires.

Trois raisons de le lire

  • Un regard rare et incisif sur le monde du travail japonais, porté par des voix de femmes.
  • Deux nouvelles courtes, dont une couronnée par le plus prestigieux prix littéraire japonais.
  • Un humour sec qui allège des sujets pourtant durs.

Questions fréquentes

Est-ce un recueil ou un roman ?

Un recueil de deux récits, indépendants mais reliés par un même univers de travail. Les deux se répondent sans se prolonger, comme deux variations sur une même note. Le format court permet de découvrir la voix d’Itoyama en une soirée, sans engagement, ce qui en fait un excellent test pour savoir si son univers vous parle.

Faut-il connaître le Japon pour l’apprécier ?

Non. Le monde de l’entreprise décrit ici parle à tout le monde. Les codes japonais donnent de la saveur, mais la mécanique du harcèlement et de l’épuisement est universelle. Quiconque a subi une hiérarchie pesante ou une ambiance de bureau toxique reconnaîtra les situations. Le décalage culturel ajoute une couche d’intérêt sans jamais bloquer la lecture.

Par quelle nouvelle commencer ?

Lisez le recueil dans l’ordre. La première pose le ton, la seconde, primée, ajoute une touche de fantastique. L’ensemble se tient et se lit vite.

Le mot de la fin

Le Jour de la Gratitude au Travail est un petit livre qui frappe juste. En deux récits, Itoyama dit plus sur le travail japonais que bien des essais. C’est drôle, c’est amer, c’est court. Je le recommande volontiers à qui a déjà connu un open space étouffant, un chef pénible ou une réunion de trop. Une belle entrée dans une oeuvre encore trop peu traduite en français.

Repères

  • Titre : Le Jour de la Gratitude au Travail (deux récits)
  • Auteure : Itoyama Akiko (née en 1966)
  • Prix : Akutagawa 2006 pour la nouvelle Oki de matsu
  • Édition française : Picquier poche, traduction de Marie-Noëlle Ouvray

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