Les derniers jours de l’apesanteur est le nouveau roman de Fabrice Caro, paru en août 2025 chez Gallimard, dans la collection Sygne. L’auteur de Zaï Zaï Zaï Zaï et du Discours quitte cette fois le présent pour la fin des années 1980. Il y raconte une année de terminale, cette période étrange où l’on se sent à la fois le plus léger et le plus perdu de sa vie. Fabcaro y change de registre sans se renier.

Une terminale à la fin des années 1980
Daniel a dix-huit ans. Il prépare son bac, écoute de la musique, tombe amoureux de travers, rate ce qu’il faut rater à cet âge. Caro reconstitue cette époque avec des références précises : des chansons, des objets, une ambiance. Le livre fourmille de ces petits riens qui font une époque, une cassette, une surboum, un blouson, un slow raté. Ceux qui ont eu vingt ans à ce moment y retrouveront leur jeunesse. Les autres découvriront un monde d’avant les téléphones, où l’ennui était encore un art.
Le rire et la mélancolie, toujours ensemble
C’est la marque de Caro. On rit beaucoup, puis une phrase serre la gorge. L’humour n’est jamais gratuit, il protège d’une tristesse qui affleure. Le narrateur se moque de tout, surtout de lui-même, mais on sent qu’il regarde disparaître quelque chose. On rit d’abord, on comprend ensuite que le rire servait à retenir autre chose. L’apesanteur du titre, c’est cet état suspendu, juste avant que la vie sérieuse ne rappelle tout le monde à terre. Cette légèreté-là a une date de péremption, et le livre le sait.
Moins de gags, plus de tendresse
Ceux qui attendent le Caro absurde de Broadway ou du Discours seront un peu surpris. Le comique est là, mais plus doux, plus mélancolique. Le livre assume sa nostalgie sans tomber dans le mièvre. C’est un roman d’atmosphère plus qu’une mécanique de vannes. Le résultat est plus lent, plus posé, et gagne en émotion ce qu’il perd en rythme comique. Caro fait vieillir son ton en même temps que ses personnages, et ça lui va bien.
Une bande-son en filigrane
La musique traverse tout le livre. Les chansons de l’époque ponctuent les scènes, servent de repères, réveillent des souvenirs précis. Caro, lui-même musicien, connaît le pouvoir d’un morceau pour rouvrir une porte fermée depuis longtemps. On lit certaines pages en entendant presque la radio grésiller. Pour qui a grandi à ce moment, l’effet est immédiat, un peu comme de retrouver une vieille compilation au fond d’un tiroir. Ce recours à la mémoire sonore n’a rien de gratuit. Il ancre le récit dans le concret, là où un simple portrait d’époque aurait sonné faux. On sent que l’auteur a vécu ces chansons plutôt qu’il ne les a documentées.
Un moment qui parle à plusieurs générations
On peut lire ce livre pour l’époque, ou pour ce qu’elle raconte de toutes les jeunesses. La fin du lycée se ressemble d’une décennie à l’autre : les mêmes peurs, les mêmes premières fois, la même sensation que rien ne finira jamais. Caro capte ce moment précis où l’on croit encore que tout est possible. C’est universel, même emballé dans les années 1980. Un adolescent d’aujourd’hui n’aura pas les mêmes cassettes, mais il connaîtra la même trouille au moment de dire un mot de trop ou de trop peu. Le décor date, l’émotion non.
L’auteur : Fabrice Caro
Fabrice Caro, alias Fabcaro, est né à Montpellier en 1973. Auteur de bande dessinée d’abord, il s’est fait connaître par des albums à l’humour absurde, dont le culte Zaï Zaï Zaï Zaï. Passé au roman, il enchaîne les succès chez Gallimard : Le Discours (2018), adapté au cinéma, puis Broadway et Samouraï. Il pratique une comédie française à la fois populaire et fine, où le rire cache toujours un fond de vertige.
Trois raisons de le lire
- L’humour tendre et précis de Fabcaro, appliqué cette fois au roman d’apprentissage.
- Un bain de nostalgie pour qui a connu les années 1980, sans même avoir eu à les vivre.
- Un format court et fluide, qui se lit en une soirée.
Questions fréquentes
Faut-il connaître les bandes dessinées de Fabcaro ?
Non. Ce roman se suffit à lui-même. Ses lecteurs de BD retrouveront son ton, mais aucun préalable n’est nécessaire. C’est même une bonne porte d’entrée dans son versant romancier.
Est-ce aussi drôle que Le Discours ?
Différemment. Le rire est plus discret, la mélancolie plus présente. Si vous cherchez le Caro le plus déjanté, commencez ailleurs. Ici, l’émotion prend le pas sur le gag.
À qui plaira ce livre ?
Aux nostalgiques des années lycée, aux amateurs de comédie douce-amère, et à quiconque aime les romans courts qui laissent une trace. Un bon cadeau pour un lecteur qui se méfie des pavés.
Le mot de la fin
Les derniers jours de l’apesanteur n’est pas le Fabcaro le plus hilarant, et ce n’est pas un défaut. C’est son livre le plus tendre, une carte postale envoyée à ses dix-huit ans. On le referme avec le sourire et un léger pincement, avec l’envie de ressortir de vieux disques et d’appeler un ami perdu de vue. C’est court, c’est doux, ça se lit d’une traite un soir de nostalgie. Exactement ce que promet le titre.
Repères
- Titre : Les derniers jours de l’apesanteur
- Auteur : Fabrice Caro, alias Fabcaro (né en 1973)
- Parution : août 2025
- Édition : Gallimard, collection Sygne
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