Les cahiers de vacances du Père Teuteu, vol.#1 : La naissance du français

C’est les vacances ! Avant d’attaquer la rentrée, je profite de ces quelques jours de congés pour

  • me reposer
  • faire du tri
  • publier quelques documents rédigés par le passé (à la grande époque de mon modem 56k et de mes longues et douloureuses études sur les bancs de la Sorbonne)

Je commence alors avec un billet sur la naissance du français. Comme tout narrateur, je commence par la formule consacrée. Il était une fois…L’acte de naissance du français se situe aux alentours du VIIIème ou IXème siècle. On retrouve des traces toponymiques d’autres langues antérieures au VIIIème siècle dans certains mots. Lorsque César fait la conquête de la Gaule, on y trouve quatre grandes séries de peuples : les Bretons (Armoricains), les Aquitains (dans la zone Pyrénées, Atlantique, Garonne), les Ibères, les Ligures. Beaucoup de peuples ont laissé des traces de leur passage sur le territoire de la France. Les Ligures nous ont par exemple laissé les mots en -ac et -oc ; on retrouve des traces de mots ibères dans des noms de villes (Collioure). Lutèce est le mot pré-celtique remplacé par Parisis (mot qui deviendra Paris), qui est un peuple de bateliers faisant leur port à Lutèce. Des morceaux vivants restent de ces langues très anciennes (ex: le basque). Les mots basques et haut-gascons sont les mêmes. Ces deux langues ne ressemblent pas aux langues romanes, le basque est une langue proche des berbères, qui n’a rien laissé aux français.

Les Gaulois sont un peuple venant d’Europe centrale (Sud de la Pologne). Vers -700, ce peuple décide de s’étendre (par le biais d’invasions) : en Angleterre, en France, en Espagne, en Italie, en Asie Mineure. Les Gaulois représentent 5% de la population mais imposent leur langage. Les druides interdisent la transcription écrite pour conserver leur pouvoir (sauf les inscriptions sur les stèles). Le gaulois est une langue indo-européenne.(> sanscrit -1800). Le mot gaulois « rix » (Vercingétorix) a donné le mot latin « rex » qui signifie roi. On remarque des ressemblances entre les chiffres gaulois, romains, grecs.

La théorie du substrat :

Quand une langue meurt, elle continue à exercer un pouvoir dans le langage qui suit. Il nous reste 71 mots gaulois (balais, bec, bercer, boulot, braies, changer, orteil, sapin, caillou, briser,…). Les Gaulois parlent deux langues : le latin, qui est la langue officielle du pouvoir, et le gaulois, qui est leur langue d’origine. Il y a donc un double apprentissage linguistique. Parfois, le même objet est désigné par deux mots différents (ex1: le vin: vinum (lat.), mot distingué en français; ligia (gaulois), mot péjoratif; ex2: la cire: era (lat.); brescia (gaulois): brèche, un sous-produit.

Vers -120, les Romains arrivent en Gaule. Ils couvrent déjà une grande étendue (« la province narbonaise »). Les mots Provence et province ont la même origine, la différence est que la Provence est une province particulière qui appartient aux Romains. Vers -58, Jules César décide la conquête de la Gaule. En l’an 0, la conquête, pacifique, est terminée. Les Romains n’imposent rien, ils font en sorte d’intégrer le système (infiltrations). L’empire est désormais plus fort que Rome (ex: Sénèque, qui vient d’Espagne, s’intègre, et aussi le grand historien Tacite qui vient de Marseille. Les Romains apportent ce que les Gaulois, restés dans la tradition orale, n’avaient pas : le code écrit. Ils entrent donc dans les systèmes, politique, économiques,… On voit apparaître un melting-pot de langues (pré-celtique, latin, gaulois). Le pouvoir local est exercé par les Romains. Le latin lègue au français les conjugaisons, les déclinaisons.

Après l’invasion de Rome, le latin se transforme doucement en français sous l’influence de plusieurs facteurs (substrat préceltique, grandes invasions). L’origine des grandes invasions a des causes économiques (misère,…). Les envahisseurs viennent de très loin (Russie,….), de moins loin (Danemark,…). Les peuples envahissant la Gaule ne représentent pas plus de 5% de la population. Ces 5% représentent l’élite politique jouant un rôle très important. Les envahisseurs prennent le pouvoir et au lieu d’imposer leur système, ils vont se fondre dans le système romain comme Charlemagne, Germain qui acquiert la dignité d’un empereur romain vers 800. Les envahisseurs sont de plus en plus romanisés mais les différents dialectes vont marquer la langue française (ex: le mot « garnir » est d’origine germanique). Les Germains exercent un pouvoir plus ou moins sauvage ou, plus ou moins ouvert.

Charlemagne développe l’école publique. L’apprentissage du latin est obligatoire; on trouve des professeurs de latin un peu partout. Le but est de faire progresser la Gaule vers le système le plus moderne de l’époque: le système romain. Cette époque s’accompagne de la conversion au christianisme. L’Europe centrale est convertir vers 800. Clovis est le premier roi français converti. Le christianisme apporte des lois, la langue latine (prêche, messe en latin jusqu’en 1950). Ce phénomène a une influence capitale pour le développement de la pensée. Le premier roi qui adopte le latin et le français est Hugues Capet en l’an 1000.

Avec ce phénomène politique arrivent des révolutions sociales, juridiques, culturelles. Les Mérovingiens, les Capétiens et les peuples du Sud de la Belgique ont une origine germanique, ils ont apporté des codes juridiques. Contrairement à la notion romaine, à la mort d’un roi de France, le partage se fait en parts égales entre les descendants. L’arrivée des Capétiens a apporté les notions selon lesquelles l’aîné emporte la couronne et celle-ci se transmet toujours au fils et jamais à une fille.

A partir de 800 (début du Moyen-Age), on voit une décomposition en 3 périodes:

  • le « haut Moyen-Age » du 8ème au 9ème siècle
  • le « grand Moyen-Age » du 10ème au 14ème siècle, où on voit l’apparition de l’ancien français.
  • le « Moyen-Age tardif » du 14ème au 15ème siècle, où on voit l’apparition du moyen français.

Le français moderne commence en 1500 (à partir du 16ème siècle. Le moment entre la langue écrite et la langue orale est très long. Les premiers textes français apparaissent vers le 8ème siècle, dont il ne reste pas de traces, seulement des gloses (petits écrits religieux).

Le texte, qui fonde le français, n’est pas littéraire, il s’agit des Serments de Strasbourg passés entre les deux petits fils de Charlemagne et faisant prêter serment aux deux armées en 842. Ce serment lie deux frères (Charles le Chauve et Louis le Germanique, qui possède alors les deux tiers de la France actuelle) contre le dernier (Lotaire). Cent ans plus tard, le petit neveu de Charlemagne les a recopié dans la langue exacte (d’origine: d’abord en français puis en germanique).

Le latin fonctionne sur un système de déclinaison. Le mot a un radical (ROS_) et on y ajoute différentes désinences selon la fonction du mot (ROS_A/AM)/…). Les cas latin sont au nombre de six. Très tôt, il y a un relâchement de la langue, nous avons en français fait tomber la prononciation de la fin du mot. Les mots latins n’ont plus alors de désinences, la désinence est écrasée. En 842, déjà dans le système français, il reste de mini-déclinaisons éliminées au 14ème siècle (le cas sujet et le cas régime [tous les autres cas], au singulier ou au pluriel). Il ne reste donc plus que deux cas.

Au Moyen-Age, le cas sujet est éliminé. Le mot dominis est prononcé domins, d’où le -s au pluriel. Il n’y a pas de déclinaisons dans les Serments de Strasbourg. Le mot « frère » est passé de fradra à fadre. Il nous reste des traces de cette drôle d’écriture: le mot « aider », aiutha, les « t » et les « d » ont été modifiés. La prononciation « th » se fait comme en anglais, ce qui a donné le mot « aide ».

De nouvelles voyelles sont apparues telles que le « o » fermé et le « o » ouvert. Le latin a un système de voyelles très simple (a,e,i,o,u), et les voyelles sont brèves ou longues. Les voyelles nasales apparaissent comme « en » ou « un ».Vers 800, La cantilène de Sainte Eulalie est différente des Serments de Strasbourg, car elle marque l’apparition des articles. Le premier texte littéraire français est La Chanson de Roland au 11ème siècle. Il y a une période de deux siècles et demi qui s’écoule entre La cantilène et La Chanson de Roland.

La « Gaule » devient la « Francia », grâce aux conquêtes mérovingiennes (Francs) qui donnent leur nom au pays. Ce nouveau nom éteint le nom de Gaule, qui est projeté vers le passé. La France va s’épanouir avec un grand nombre de langues apparentées au français. Le français d’aujourd’hui est né après 14 siècles de gestation (influences politiques,…). Le français est au départ la langue parlée à Paris. Le pouvoir politique est constamment impliqué dans l’évolution d’une langue. Ce français n’existe pas au Moyen-Age, mais ce sont les différents dialectes (de Bretagne, d’Alsace, du pays Basque) qui sont à l’origine du français.

La division en petits territoires a entraîné la division en plusieurs dialectes, immortalisés dans des écrits littéraires. Il y a une opposition formelle entre l’ensemble des dialectes du Nord et ceux du Sud. Les Français prendront conscience de cette différence. La notion de langue d’Oc apparaît dans un document de Philippe le Bel. Le premier à avoir parler de la langue d’Oc et de la langue d’Oïl, dont la frontière séparatrice est fixe, est Dante. « Oc » et « Oïl » sont les deux façons de dire « oui ». Le substrat a du jouer un rôle certain (:l’implantation romaine plus forte au Sud, et l’implantation germanique au Nord.

La différence tient au fait que le Nord de la France a développé le « h » aspiré (influence germanique; cf. la prononciation du mot « haricot »). De même, les finales sont moins écrasées dans le Sud (cf. « appétit »). On voit une différence dans la prononciation du mot « aspect » au Nord et au Sud. Le « é » et le « o » ouverts vont diphtonguer et donner « ié » au Nord. Une voyelle latine devient deux voyelles françaises. Dans le Sud, les « é » et « o » fermés latins ont été maintenus.

Il y a donc une différence considérable entre le Nord et le Sud et les dialectes se divisent en sous dialectes. Ce pluralisme linguistique français prend fin au 15ème siècle, car à partir de ce siècle (et surtout à partir du 16ème siècle), la politique royale renforce le pouvoir de la langue parlée à Paris. Les rois de France ont procédé de manière autoritaire: en 1539, François 1er a décrété que tous les écrits juridiques se feront dans la langue de Paris (®centralisme politique). Au 17ème siècle, Richelieu crée l’Académie Française qui parle le français de Paris. Tous les Français de province ont une seule idée: parler le français de Paris. Au cours de ce même siècle, tous les Français de province de la moyenne et haute bourgeoisie parlera comme à Paris, à l’inverse de la paysannerie qui ne parlera que les patois locaux. Il s’agit d’une infiltration subtile. Le plus apparaît lors de la Révolution Française où la notion de République une (du point de vue politique, religieuse et linguistique) et indivisible joue pour beaucoup. Le coup de grâce final intervient avec l’invention de la T.V., qui tue les dialectes.

Du point de vue culturel: Au début du Moyen-Age, à la fin du latin, le phénomène important est que les peuples européens d’Occident basculent dans l’ère chrétienne. L’unité européenne se fait de cette façon là. Quand les curés font leurs prêches, ils lisent beaucoup de textes sacrés. Dans l’Antiquité, tous les textes sont écrits sur des « volumen », une baguette de bois où l’on enroule le papyrus (papier). Mais ces volumens s’abîment, se détériorent. L’inconvénient vient du fait que pour lire un passage, il faut tout dérouler, ce qui est peu commode, d’où l’invention du codex (ancêtre du livre actuel), qui favorise l’accès direct à la connaissance. Le codex est aussi plus facile à retrouver dans une bibliothèque grâce à sa tranche.

La deuxième invention vient plus tard. Le papier est inventé en Chine au 5ème siècle (découverte très importante). La fabrication du papier est restée secrète jusqu’au moment où les échangent commerciaux (soie,…) entre l’Extrême-Orient et l’Europe Occidentale favorise la « fuite » sur ce secret. Le papier est une très grande révolution, il permet de conserver les textes religieux. Le vélin, très distingué fabriqué à partir de peau de veau mort né, est substitué au papyrus mais il coûte cher (pour faire des économies, les nouveaux textes sont écrits sur les anciens après le lavage du vélin) et dès lors des problèmes financiers apparaissent (d’où la grande révolution après l’arrivée du papier, qui selon son calibrage permet différents formats.

4 Comments

Yoh août 12, 2008 Reply

Très intéressant, merci !

chacha avril 20, 2009 Reply

très instructif et très clair. un régal!!!
vos sources viennent-elles d’un livre?
si oui merci de me donner la reférence
cordialement

Teulliac avril 20, 2009 Reply

hello chacha,
ce sont des notes prises lors de cours en Sorbonne. Si je remets la main sur des références, je les posterai ici 🙂

hotels italie juin 29, 2009 Reply

Merci pour ce blog fort int

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