Dans cette série domotique locale :
- Matter, Thread, Zigbee, Wi-Fi : comprendre enfin les protocoles
- Ma maison sans cloud : Home Assistant sur Raspberry Pi, le pas à pas complet (vous êtes ici)
- Mes automatisations qui servent vraiment (et les pièges qui m’ont eu)
Ma maison tourne sur un Raspberry Pi posé près de la box : les lumières, les volets, le chauffage, et même la reconnaissance vocale, tout se décide ici, sans serveur lointain, sans abonnement obligatoire. Cet article raconte pourquoi (avec les vraies contreparties, pas la brochure), montre à quoi ressemble une installation qui vit depuis des années, fantômes et cadavres compris, puis déroule le pas à pas complet pour installer Home Assistant sur un Raspberry Pi, piège par piège.
Pourquoi une maison sans cloud
Trois raisons, par ordre d’importance vécue.
La panne des autres. Une ampoule pilotée par le serveur d’un fabricant traverse l’Atlantique deux fois pour s’allumer. Quand la fibre tombe, quand le serveur a un incident, quand la start-up pivote ou ferme (le cimetière des objets connectés orphelins est bien rempli), votre interrupteur meurt avec. En local, l’ordre va du Pi à l’ampoule par la pièce d’à côté. Internet coupé, la maison continue : les lumières suivent la présence, les volets suivent le soleil. Il m’a fallu une panne de fibre un soir d’hiver pour mesurer le confort exact de cette phrase.
La vie privée, version concrète. Les capteurs d’une maison racontent tout : les heures de lever, les pièces occupées, les absences, les retours. Ces données décrivent votre vie mieux que votre agenda. En local, elles dorment sur une carte SD dans votre salon, point. Ce n’est pas de la paranoïa, c’est de l’hygiène : on ne confie pas le journal intime de son domicile à des serveurs dont on ne lira jamais les conditions d’utilisation.
Le zéro abonnement. Home Assistant est un logiciel libre, porté par une communauté énorme et une entreprise (Nabu Casa) qui vit d’un abonnement optionnel. Rien ne vous sera facturé pour allumer vos propres lampes. Dans un monde où même les sièges chauffants sont passés au forfait mensuel, ça se savoure.
Les contreparties, maintenant, parce qu’il y en a. C’est un hobby : comptez un dimanche pour démarrer, puis des soirées de réglage (consenties, voire recherchées, mais des soirées quand même). Vous devenez votre propre service après-vente. Et l’interface, très améliorée au fil des années, garde des recoins d’outil d’ingénieur. Si vous voulez de la domotique sans y penser une seconde, achetez un écosystème fermé et n’ouvrez plus jamais cet article. Si l’idée de comprendre votre maison vous amuse, restez.
À quoi ressemble une vraie maison locale (la mienne, sans maquillage)
Les articles de ce genre montrent d’habitude des installations de salon d’exposition. Voici la mienne, chiffres exacts du jour et cadavres inclus.
Le cerveau est un Raspberry Pi 5 qui fait tourner Home Assistant OS. Autour de lui, 60 à 70 appareils physiques qui se présentent au système sous la forme de 882 entités (retenez cette inflation : chaque appareil expose des dizaines de capteurs et réglages, mon aspirateur robot en revendique à lui seul près de 150, soit 17 % de la maison, ce qui en fait officiellement le résident le mieux équipé du foyer). Côté protocoles, c’est l’assortiment classique d’une maison qui a grandi par couches : deux réseaux Zigbee qui cohabitent (le pont Philips Hue historique, et un réseau Zigbee2MQTT sur clé USB pour tout le reste, capteurs Aqara et modules génériques compris), les volets roulants et les vannes de chauffage Somfy sur leur radio propriétaire, une poignée d’appareils en Wi-Fi, et un serveur Matter installé qui attend encore son premier appareil (le terrain est prêt, l’achat suivra, relire l’article protocoles pour comprendre pourquoi je ne me presse pas).
Ce que la maison fait vraiment, tous les jours : la lumière suit la présence dans les pièces de passage (des capteurs à ondes millimétriques qui voient même quelqu’un d’immobile, le grand progrès de ces dernières années), l’entrée s’allume quand la porte s’ouvre, la salle de bain préchauffe une heure avant le réveil (6 h 30 en semaine, la grasse matinée du week-end est codée dans le chauffage), les volets s’ouvrent et se ferment sur le soleil avec un décalage réglable, et six vannes thermostatiques font du chauffage pièce par pièce avec des consignes propres (20 degrés en confort, 17 en éco, 12 en hors gel). Les poussoirs d’origine de la cuisine fonctionnent toujours : un module encastré s’est glissé derrière, la domotique passe dessous sans confisquer les murs. Et la maison est cartographiée avec le sérieux qui s’impose : les pièces s’appellent notamment Donjon, Mordor et Disneyland (les enfants ont voté, la démocratie a ses conséquences).
Voilà pour la vitrine. Maintenant, l’arrière-boutique, parce que c’est elle qui vous attend aussi. Mon système héberge une soixantaine d’entités fantômes (7 % du total : des intégrations mortes jamais purgées, un module météo hors ligne depuis des lustres, un NAS qui boude). Deux modules d’interrupteur affichent 12 et 14 % de batterie et me narguent. Une vanne prétend qu’il fait 83 degrés dans la salle de bain (bug de conversion quelque part chez le fabricant, la pièce va bien, merci). Ma seule prise mesurante d’énergie est branchée sur rien depuis des mois, ce qui résume mon rapport au suivi de consommation : la maison économise par ses règles (zonage, volets isolants, réduction météo), pas par la mesure, et le seul appareil qui connaisse les heures creuses est l’aspirateur, qui se recharge religieusement entre 22 h et 8 h pendant que la maison n’a même pas de compteur connecté. Et l’aveu le plus utile de ce paragraphe : mes onze automatisations de volets, fruit de dizaines d’heures de réglage, sont toutes désactivées à l’heure où j’écris. Ce qui survit dans une maison connectée, ce n’est pas le plus sophistiqué, c’est ce qui allume la lumière sans qu’on y pense. Méditez ça avant d’acheter quoi que ce soit.
Pourquoi je vous raconte les cadavres ? Parce que c’est la vraie tête d’une installation vivante, et que personne ne vous la montre. La domotique locale n’est pas un produit fini, c’est un jardin. Il pousse, il déborde, on taille.
Le matériel pour commencer
- Un Raspberry Pi 5, 4 Go de RAM (8 Go si vous voyez grand, c’est mon cas et je ne le regrette pas). Le Pi 4 fonctionne encore très bien si vous en avez un au fond d’un tiroir.
- L’alimentation officielle 27 W. Non négociable : la moitié des « mon Pi plante aléatoirement » des forums sont des alimentations de téléphone recyclées.
- Une microSD de 32 Go minimum, classe A2 pour commencer, ou directement un SSD USB : les cartes SD s’usent à force d’écritures, le SSD est l’upgrade fiabilité numéro un (on peut migrer plus tard, la sauvegarde intégrée rend ça indolore).
- Un câble Ethernet vers la box. Le Wi-Fi marche, le câble ne se discute jamais à 23 h.
- Un boîtier ventilé, le Pi 5 chauffe.
- Plus tard, pas le premier jour : une clé USB Zigbee (autour de 35 à 40 euros) pour parler aux capteurs et ampoules du marché. Souvenez-vous du détail de l’article protocoles : une clé fait Zigbee ou Thread, pas les deux à la fois.
Budget total de départ : comptez autour de 120 à 150 euros selon la RAM et le stockage (les prix de la mémoire ont grimpé partout en 2026, vérifiez au moment de l’achat plutôt que de me croire sur parole). L’alternative zéro assemblage s’appelle Home Assistant Green, un boîtier tout fait vendu par les créateurs du logiciel : il est passé à 179 euros cette année (le prix a doublé depuis son lancement, la faute au coût de la RAM), ce qui rebat un peu les cartes face au Pi. Et si vous avez un vieux PC portable ou un mini PC qui traîne, il fera un serveur Home Assistant redoutable pour zéro euro. (Source : comparatif matériel 2026 de raspberry.tips)
Le pas à pas : installer Home Assistant sur un Raspberry Pi
La méthode ci-dessous installe Home Assistant OS, la variante recommandée pour débuter (le système entier est dédié à la domotique : mises à jour intégrées, sauvegardes intégrées, boutique de modules complémentaires). C’est celle que je fais tourner chez moi. Comptez 30 minutes de manipulation, plus l’attente du premier démarrage. (Référence : la documentation officielle d’installation)
- Installez Raspberry Pi Imager sur votre ordinateur (gratuit, sur raspberrypi.com). C’est l’outil officiel qui écrit les systèmes sur carte SD ou SSD, et il connaît Home Assistant nativement, ce qui nous épargne la chasse au fichier image.
- Insérez la carte microSD (ou branchez le SSD USB) dans l’ordinateur. Tout son contenu sera effacé, c’est le moment d’y penser.
- Dans Imager, choisissez votre modèle de Pi, puis dans le choix du système : Other specific-purpose OS, puis Home assistants and home automation, puis Home Assistant, et la version correspondant à votre Pi (l’image dédiée au Pi 5 pour un Pi 5, l’outil vous la propose tout seul).
- Sélectionnez le stockage, vérifiez deux fois que c’est le bon disque (l’erreur classique du disque externe de photos de famille), et lancez l’écriture. Quelques minutes. Ignorez la personnalisation réseau que propose Imager, Home Assistant s’en occupe autrement.
- Installez la carte dans le Pi, branchez l’Ethernet, puis l’alimentation. Dans cet ordre, et pas d’écran nécessaire : le Pi se débrouille seul, tout se passera depuis votre navigateur.
- Attendez. Vraiment. Le premier démarrage télécharge la dernière version et peut prendre jusqu’à 20 minutes. C’est l’étape où tout le monde croit à une panne et débranche (ne débranchez pas : une installation interrompue ici se termine en carte à reflasher).
- Depuis un appareil du même réseau, ouvrez http://homeassistant.local:8123. Si ce nom ne répond pas (certaines box le boudent), trouvez l’adresse IP du Pi dans l’interface de votre box et ouvrez http://cette-adresse:8123.
- Créez votre compte administrateur. C’est un compte local, sur votre machine, chez vous (aucune inscription en ligne, personne d’autre que vous). Mot de passe sérieux quand même : ce compte pilote votre maison.
- Renseignez la localisation du foyer. Ce n’est pas de la curiosité mal placée : les heures de lever et coucher du soleil, base des automatisations de volets et de lumière, en dépendent. L’information reste locale, comme le reste.
- Laissez l’assistant vous montrer ce qu’il a déjà trouvé. Home Assistant scanne le réseau et détecte une quantité surprenante d’appareils existants (la box, les enceintes, la TV, l’imprimante, parfois l’aspirateur). Ajoutez ce qui vous parle, ignorez le reste, rien n’est définitif.
C’est installé. Vous avez un serveur domotique souverain pour le prix d’une enceinte connectée d’entrée de gamme.
Les cinq premiers gestes après l’installation
- Activez les sauvegardes automatiques (Paramètres, puis Système, puis Sauvegardes). Tout de suite, avant d’avoir quoi que ce soit à perdre : le jour où la carte SD lâche, une sauvegarde ramène la maison entière en vingt minutes. C’est le geste que tout le monde remet à plus tard et regrette.
- Installez l’application mobile (iOS ou Android) : elle sert de télécommande, et au passage de capteur (présence à la maison, batterie du téléphone), ce qui ouvre les automatisations d’arrivée et de départ.
- Branchez votre premier vrai appareil. Mon conseil de départ : une prise connectée Zigbee et la clé USB qui va avec, c’est dix euros de matériel et l’effet magique immédiat (la lampe du salon qui s’allume au coucher du soleil, première victoire). Deux réglages de vieux briscard au passage : la clé Zigbee au bout d’une rallonge USB d’un mètre (les ports USB 3 parasitent sa fréquence, c’est bête et documenté) et sur un canal éloigné du Wi-Fi de la box.
- Créez votre première automatisation dans l’éditeur visuel, sans une ligne de code : quand le soleil se couche, allumer la lampe. Trente secondes. La suite (les vraies recettes et les vrais pièges) fait l’objet du troisième article de la série.
- Faites les mises à jour quand elles arrivent, mais pas le soir d’un dîner : Home Assistant publie une version par mois, lisez deux lignes de notes de version, sauvegardez, mettez à jour. Cinq minutes, une fois par mois, c’est le loyer de la souveraineté.
Et pour piloter la maison depuis l’extérieur ?
Question inévitable : « sans cloud, comment j’éteins le chauffage depuis le bureau ? ». Trois écoles. Le VPN (WireGuard ou Tailscale, ce dernier étant devenu déconcertant de simplicité) : votre téléphone rejoint le réseau de la maison de façon chiffrée, et rien n’est exposé sur internet, c’est l’option que je recommande. Le tunnel auto-hébergé avec un nom de domaine et un certificat, pour les bricoleurs qui veulent tout posséder. Ou l’abonnement Home Assistant Cloud de Nabu Casa (6,50 euros par mois) : accès distant clé en main, chiffré de bout en bout, et vos données ne transitent pas en clair chez eux. Ce n’est pas une trahison de la philosophie locale, c’est la façon la plus simple de financer les gens qui développent le logiciel libre qui fait tourner votre maison. Chacun sa porte, l’essentiel est que la maison, elle, continue de réfléchir chez vous.
Ce que ça change, au quotidien
Et puis il y a le critère que les fiches techniques ignorent : le reste du foyer. Une domotique réussie est une domotique que la famille ne remarque plus, et qui laisse toujours l’interrupteur du mur gagner (chez nous, les poussoirs d’origine fonctionnent partout, la maison se glisse derrière eux au lieu de les confisquer). Le jour où quelqu’un doit sortir un téléphone pour éteindre une lampe, vous avez perdu. Je l’ai appris, comme tout le monde, en le perdant une fois.
La latence, ensuite : un ordre local part et revient en quelques millisecondes, l’appui sur l’interrupteur et la lumière ne font qu’un. On ne mesure pas à quel point le petit délai du cloud use, jusqu’au jour où il disparaît. La sérénité, ensuite : les pannes d’internet deviennent des anecdotes (la maison a continué sa vie, seul le téléviseur pleurait). Et une forme de plaisir difficile à avouer : savoir comment sa maison fonctionne, pièce par pièce, règle par règle. Ma prochaine étape sur cette route est un assistant vocal entièrement local (la reconnaissance et la synthèse vocales tournent déjà sur le Pi, un petit modèle de langage sur une machine voisine fera le cerveau, et aucune phrase prononcée dans mon salon ne quittera le salon). Il s’appellera Tony. Mais ça, c’est un billet pour plus tard.
FAQ : avant de vous lancer
Raspberry Pi 4 ou Pi 5 ?
Si vous achetez : le Pi 5, l’écart de prix est faible et la réserve de puissance servira (le mien fait tourner la reconnaissance vocale en plus du reste sans transpirer). Si un Pi 4 dort dans un tiroir : utilisez-le, il reste officiellement supporté et parfaitement à l’aise pour une maison normale.
Carte SD ou SSD ?
SD pour démarrer sans se compliquer (prenez une A2 de marque), SSD dès que vous savez que ça va rester : la base de données de Home Assistant écrit en continu et finit par user les cartes. La migration se fait par sauvegarde et restauration, sans rien perdre.
Ça consomme combien, un serveur qui tourne 24 h sur 24 ?
Quelques watts (le Pi 5 tourne typiquement entre 3 et 7 W en usage domotique). À l’année, l’ordre de grandeur est celui d’une box internet en veille : une dizaine d’euros d’électricité. Le chauffage piloté pièce par pièce les rembourse sans forcer.
Faut-il savoir coder ?
Non pour commencer : l’installation se fait à la souris et les automatisations ont un éditeur visuel très correct. Le YAML (le format texte de configuration) devient intéressant plus tard, quand on veut versionner, commenter et relire sa configuration comme du code. J’y suis passé avec les années, ma config vit dans un dépôt git, mais c’est un choix de geek assumé, pas un péage d’entrée.
Home Assistant Green ou Raspberry Pi ?
Le Green si vous voulez zéro assemblage et soutenir les développeurs du projet, en acceptant son nouveau prix (179 euros en 2026). Le Pi si vous aimez monter les choses, voulez choisir votre stockage, ou comptez faire cohabiter d’autres services sur la machine. Les deux font tourner exactement le même logiciel.
Repères
- Local = la maison fonctionne sans internet, les données restent chez vous, zéro abonnement obligatoire.
- Matériel de départ : Pi 5, alimentation officielle, microSD A2 ou SSD, Ethernet. Autour de 120 à 150 euros.
- Installation : Raspberry Pi Imager, catégorie Home assistants, flash, Ethernet, patience (20 minutes au premier démarrage), puis homeassistant.local:8123.
- Premier geste après l’installation : les sauvegardes automatiques. Avant tout le reste.
- Accès distant : VPN (Tailscale, WireGuard) ou l’abonnement Nabu Casa pour financer le projet.
- Une installation vivante a des fantômes et des automatisations en jachère. C’est normal, c’est un jardin.
Pour choisir vos appareils sans vous tromper de radio, revenez à l’article sur les protocoles ; pour la suite logicielle, direction les automatisations qui servent vraiment, autopsie d’un vrai bug comprise. Bonne installation.



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