Structures de communication… partie#7 et fin

Ainsi s’achève le cycle EA 116…

Les courants prophétiques et l’émergence d’une pensée

pessimiste sur les médias

Umberto Eco, romancier et sémiologue, est un grand savant des études sur la langue (cf. Du surhomme à Superman, travaux sur la littérature). La guerre du faux est une série d’articles publiés dans la presse pendant les vingt dernières années sur différents sujets :

· chapitre sur les chercheurs en communication en les séparant en deux camps, les « intégrés » (qui parent les nouvelles technologies de toutes les vertus) et les « apocalyptiques » (ceux qui comme Baudriard, à l’apparition d’une nouvelle technologie, voient la fin de l’humanité qui approche). + existence d’un courant modéré avec Wolton (La folle du logis ®T.V.).

En France, une des premières théories des médias qu’on voit apparaître est celle qui parle de la « massification ». Cette théorie prône l’élitisme puisque la « massification » peut être définie comme la « démocratisation » du savoir, de la culture, de l’accès aux loisirs. Les auteurs de ces courants disent que la massification désagrège la société, réduit à néant son héritage culturel. Cette pensée est très présente dans les écrits d’un sociologue/médecin, Gustave le Bon, au début du 20ème siècle. Il écrit des livres sur la psychologie collective et où il développe les thèmes des foules émeutières (phénomène d’entraînement collectif qui entraîne les psychologies individuelles).

Les foules sont crédules, manipulables et pour apprendre à les contrôler, il faut développer des sciences nouvelles comme la statistique sociale, la criminologie qui se pencherait sur de nouvelles formes de violence liées à l’émergence des foules (cf. La psychologie des foules).

Les dangers de ce genre de réflexion sont que beaucoup de théories de la propagande découlent de cette réflexion. Il n’y a qu’un pas à franchir pour voir la mise en oeuvre de propagandes (puisque les foules sont manipulables, on peut leur faire faire ce que l’on veut dans un but politique).

Les recherches américaines entreprises par Harold Lasswell (sociologue) après la première guerre mondiale (env. 1930) montrent ce que Lasswell appelle les techniques de gestion des opinions. Il élabore la notion de « seringue hypodermique » où il décrit les effets des médias sur les individus comme étant semblables à une gigantesque piqûre qui endort les individus tétanisés. L’élite a entre les mains tous les moyens médiatiques de l’époque (cette pensée se diffuse très vite).

Serge Tchakhotine (russe) se place à l’opposé de Gustave le Bon (cf. Le viol des foules par la propagande politique, env. 1920). Il plaint les foules qui subissent les médias, et a beaucoup recours à la psychanalyse, au béhaviorisme (étude des comportements) pour expliquer et dénoncer « le mécanisme de l’oppression psychique telle qu’elle est exercée par les usurpateurs modernes et qui entrave la marche du progrès ». Tchakhotine considère que l’individu est le siège de « réflexes conditionnés de réponse » qui sont produits automatiquement à force de stimuli (®concept simpliste des rapports sociaux). Les médias agissent par contagion, par suggestion (répétitive), par imitation, par hypnose.

Tchakhotine développe deux types de manipulation :

· la manipulation directe de la foule par un meneur.

· la manipulation de la masse par les médias.

Déjà, on distingue la notion de « foule » (masse) de la notion de « public » (groupe qui se trouve volontairement ensemble, réunit par des affinités communes, qui éprouve un sentiment d’intégration).

Des années 1920 aux années 1950 : propagande dont la finalité (ou l’enjeu) est le pouvoir (à conquérir, à conforter, à détruire).

Des années 1950 aux années 1980 : information

Des années 1980 à aujourd’hui : communication

Le principe même de la propagande est que « la fin justifie les moyens », l’idée étant d’inféoder les esprits, de se les rallier sans qu’ils y soient disposer à priori. Le propagandiste est manipulateur et il le revendique, il sait qu’il doit exercer une violence psychique sur les esprits qu’il doit convaincre (®explication auto-référencielle de leur but et des moyens qu’ils se donnent).

Toute propagande est volontariste (Machiavel: « Gouverner, c’est faire croire »). On voit la mise en place d’une rhétorique de la persuasion. Ceux qui n’adhèrent pas subissent des contraintes physiques.

Quelques exemples de propagandes :

· nazisme, Goebbels (ministre de la propagande): « Nous ne parlons pas pour dire quelque chose mais pour obtenir un effet ».

· stalinisme

· fascisme

· maoïsme

·

Toute propagande s’inscrit dans un ensemble d’actions: mensonge, censure, rumeur, désinformation, fausses dépêches,… Tout cela de créer une fièvre obsidionale (délire collectif qui s’empare d’une foule enfermée dans une ville assiégée).

« L’Agit. Prop. » (agitation populaire) est un concept mis en place par Lénine, elle s’effectue par la distribution de tracts, le terrorisme, les cambriolages, les émeutes ®actions-éclair.

Le dépôt légal, institué par Charles V, est l’obligation faîte aux libraires d’enregistrer le livre d’un écrivain et l’endroit où il a été écrit:

· inscription de l’auteur

· inscription de l’éditeur

· inscription de l’imprimeur

Toute création sur un support matériel (tract, journal, livre,…) doit y être déposé en trois exemplaires. Le dépôt légal de tout ce qui est imprimé est un dépôt a priori (avant publication). Le service du ministère de l’Intérieur a le moyen de saisir le document avant sa publication (®censure): il est interdit à la publication.

Depuis la loi de 1992 rédigée par le secrétaire d’Etat à la communication Jeannenney, historien et spécialiste des médias, s’est créé le « dépôt légal des oeuvres audiovisuelles » (TV+radio). L’obligation est faîte à l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) d’archiver les documents audiovisuels produits par le service public. Tout n’est pas archiver au dépôt légal, faute de moyens techniques. Le « dépôt légal des oeuvres audiovisuelles » se fait a posteriori de la diffusion (à l’inverse des documents écrits) ®on ne peut pas exercer une censure dessus car la conservation se fait dans un unique but patrimonial.

Wilheim Reich (La psychologie de masse du fascisme) affirme que le fascisme n’est pas l’apanage d’un peuple ni d’un homme, il est de tous les temps. Pour lui, la montée du fascisme est caractéristique de l’oppression structurelle que la classe dominante impose aux masses et cette oppression fonctionne majoritairement sur deux registres: le registre de l’autorité et le registre de la sexualité. Reich prône de se libérer de cette oppression (le père [Etat] et la sexualité).

La propagande se retrouve à toutes les époques, elle se déplace dans le temps mais elle est éternelle:

· Philippe de Macédoine entretenait des rumeurs contre les Grecs et inversement dans le but d’exhorter la foule contre l’adversaire.

· La légende d’Auguste: Horace et Virgile (L’Enéïde) glorifient Auguste.

· Richelieu, au XVIème siècle, fonde l’Académie Française qui a une fonction de prison dorée. Elle permettait le contrôle et la neutralisation des écrivains qui soudain trouvaient bon de louer le « roi Soleil ».

· La révolution russe (1925). Le film Le cuirasser Potemkine de Eisenstein est le symbole de la révoltes des marins. Eisenstein a servi le pouvoir politique, il est l’instigateur du « proletkult », une allégorie des forces révolutionnaires mise en images cinématographiques.

· Hitler demande la même chose à Fritzlang qui refuse et part pour les USA.

La propagande se retrouve sous différentes formes (images, statues, textes,…). La publicité est la continuation directe de la propagande sur un autre terrain (translation du politique à l’économique).

Jacques Ellul, qui appartient aux apocalyptiques, a publié un ouvrage sur la société française. C’est un penseur qui a marqué son époque, il est un épigone (héritier par la pensée) de Gustave le Bon. Il s’oppose à Reich car pour lui le mal ne vient pas de l’oppression par une minorité mais il vient d’une sorte « d’instinct » de soumission des foules.

Jacques Ellul propose une vision désenchantée des hommes modernes qui sont surexposés aux médias, il s sont prompts à toute crédulité. Il dénonce une propagande sociologique qui transite par la publicité et les médias et cette propagande sociologique oblige les masses à une homogénéisation des moeurs et de la pensée.

On assiste au « nivellement par le bas » (Jacques Ellul) à cause de la publicité et des médias. La propagande sociologique est une immense conformation à un modèle social unique.

Jacques Ellul se sent très proche des penseurs de l’Ecole de Francfort dont les fondateurs sont Adorno, Horkheimer, Marcuse, Reich,… Ce sont des philosophes communistes des années 30 qui avaient trouvé un millionnaire américain épris de la pensée communiste pour financer leurs travaux et leurs réflexions, qui avaient pour but de renverser la République de Weimar (qui précède la régime d’Hitler).

Hitler arrive au pouvoir. Les philosophes sont poursuivis car ils sont communistes et juifs, ils fuient aux USA (Californie). Ce sont des contemporains du Bauhaus (école de pensée et d’architecture) qui fuient au même moment. Aux USA, ils produisent une école de pensée dont le chef de file est Habermas qui portera le nom de Nouvelle Ecole de Francfort quand ils retourneront en Allemagne.

Pour ces penseurs, les médias font écran entre les vraies questions, que devraient se poser la société, et la pseudo-réalité qu’ils leur imposent

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