1Q84 Livre 2 de Murakami : deux lunes, un vertige

Couverture de 1Q84 - Livre 2 (Juillet-Septembre) de Haruki Murakami

1Q84, Livre 2 (Juillet-Septembre) est le deuxième volet de la trilogie de Haruki Murakami, disponible en poche chez 10/18 dans la traduction d’Hélène Morita. Nous sommes toujours dans cette année 1984 légèrement déréglée, où deux lunes se lèvent au-dessus de Tokyo, et où les deux héros, Aomame et Tengo, se rapprochent sans encore se retrouver.

Couverture de 1Q84 - Livre 2 (Juillet-Septembre) de Haruki Murakami

Reprendre le fil là où le tome 1 nous laisse

Difficile de parler du Livre 2 sans avoir lu le premier. La trilogie forme un seul roman, coupé en trois par l’éditeur. J’ai ouvert ce volume pour une raison simple : le tome 1 m’avait happé, et je voulais savoir la suite. C’est exactement l’effet recherché. Murakami construit son récit en chapitres alternés, un pour Aomame, un pour Tengo, et resserre lentement l’écart entre eux.

Aomame, tueuse à gages qui exécute des hommes violents, se cache après sa dernière mission. Tengo, professeur de maths et écrivain de l’ombre, a réécrit le manuscrit d’une adolescente étrange, La Chrysalide de l’air, et en paie maintenant les conséquences. Dans le Livre 2, le monde de 1Q84 se referme sur eux.

Deux lunes, une seule histoire d’amour

Le motif des deux lunes est le cœur visuel du roman. Une lune jaune familière, une seconde plus petite et verdâtre, que seuls certains voient. C’est la marque discrète que l’on a quitté 1984 pour 1Q84, un monde parallèle où les règles ont légèrement bougé. Murakami ne l’explique jamais complètement. Il installe une atmosphère plutôt qu’un système.

Au centre, une histoire d’amour d’une simplicité désarmante. Aomame et Tengo se sont tenu la main une fois, à dix ans, dans une salle de classe. Ils ne se sont jamais revus. Tout le roman tend vers ces retrouvailles. Sur des centaines de pages, ce fil ténu tient l’ensemble.

Les Little People et la mécanique du malaise

La grande trouvaille inquiétante de la trilogie, ce sont les Little People, créatures qui sortent de la bouche d’une chèvre morte et tissent des chrysalides d’air. On ne comprend pas ce qu’ils veulent, et c’est bien le problème. Murakami excelle à rendre le surnaturel banal, posé là, sans fanfare. Le lecteur de science-fiction que je suis y reconnaît une parenté avec le fantastique le plus tranquille, celui qui n’explique rien et fait d’autant plus peur.

Le Livre 2 monte d’un cran vers le thriller. Il contient la scène pivot de toute la trilogie, un affrontement nocturne sous l’orage que je ne dévoilerai pas. C’est le volume le plus tendu des trois, celui où le piège se referme.

Le style Murakami, entre jazz et quotidien

Une chose frappe quand on lit Murakami : la banalité assumée du quotidien. Ses personnages cuisinent, écoutent des disques, repassent des chemises, décrivent le contenu de leur frigo. Cette précision domestique ancre le fantastique dans le réel et le rend crédible. La musique est partout, la Sinfonietta de Janáček ouvre le roman et revient comme un motif discret. La traduction d’Hélène Morita restitue bien ce phrasé calme qui avance sans effet de manche. On adore ou on trouve ça plat. Pour ma part, c’est exactement le confort de lecture que je vais chercher chez lui.

L’auteur : Haruki Murakami

Haruki Murakami est né à Kyoto en 1949 et a grandi près de Kobe. Avant d’écrire, il a tenu un club de jazz à Tokyo, ce qui explique la place de la musique dans toute son œuvre. Il publie son premier roman en 1979, puis s’impose avec La Ballade de l’impossible en 1987. Suivent Chroniques de l’oiseau à ressort, Kafka sur le rivage, et cette trilogie 1Q84, parue au Japon en 2009 et 2010. Traduit dans le monde entier, régulièrement cité pour le prix Nobel, Murakami est sans doute l’écrivain japonais vivant le plus lu. Sa marque de fabrique : des héros solitaires, des chats, des puits, de la musique, et une porte toujours entrouverte vers un autre monde.

Trois raisons de le lire

  • Un page-turner de plusieurs centaines de pages qui se lit sans qu’on voie le temps passer.
  • Une atmosphère de monde parallèle unique, entre roman d’amour et fantastique.
  • Le volume le plus intense de la trilogie, celui qui bascule vers le thriller.

Questions fréquentes

Peut-on lire le Livre 2 sans le Livre 1 ?

Non, vraiment pas. Les trois volumes forment un roman continu. Commencer au tome 2 revient à ouvrir un livre en son milieu. Il faut lire le Livre 1 d’abord, et prévoir le Livre 3 dans la foulée, car celui-ci s’achève en pleine tension.

Faut-il aimer la science-fiction pour entrer dedans ?

Pas nécessairement. Le fantastique de Murakami est doux, presque domestique. Les deux lunes et les Little People sont des ambiances plus que des mécaniques. Si vous aimez les récits réalistes qui glissent lentement vers l’étrange, vous êtes chez vous.

La trilogie a-t-elle une vraie fin ?

Le Livre 3 apporte une conclusion à l’intrigue amoureuse et à la traque d’Aomame. Beaucoup de mystères restent ouverts, à la manière de Murakami, qui préfère les questions aux réponses. Ceux qui aiment tout comprendre resteront un peu sur leur faim.

Repères

  • Titre : 1Q84, Livre 2 (Juillet-Septembre)
  • Titre original : 1Q84 (BOOK 2), paru au Japon en 2009
  • Auteur : Haruki Murakami (né en 1949)
  • Traduction : Hélène Morita. Édition française : 10/18

Le mot de la fin

Ce deuxième tome est le sommet de la trilogie. C’est là que Murakami resserre tout ce qu’il a semé dans le premier et pose la scène dont on se souvient longtemps. Refermer ce volume sans avoir le troisième sous la main est une petite torture, prévenez-vous. Si le Livre 1 vous a plu, la question ne se pose même pas.

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