Acadie de Dave Hutchinson : la SF courte qui piège

Couverture de Acadie de Dave Hutchinson

Acadie est une novella de science-fiction de l’écrivain britannique Dave Hutchinson, publiée en 2019 par Le Bélial’ dans la collection Une Heure-Lumière, traduite de l’anglais par Mathieu Prioux. Cent pages, un narrateur qui préférerait qu’on lui fiche la paix, et une colonie de transhumains cachée depuis cinq cents ans : la cavale s’achève le jour où une sonde de reconnaissance surgit dans le système.

Couverture de Acadie de Dave Hutchinson

La Colonie, cinq siècles de fuite

Duke Faraday, poète devenu président de la Colonie un peu par accident, est tiré du lit en pleine nuit. Une sonde vient d’entrer dans le système stellaire. Derrière elle, peut-être, le Bureau : l’agence terrienne qui traque et détruit les humains génétiquement modifiés. Or la Colonie n’est faite que de cela. Fondée par la généticienne Isabel Potter, elle rassemble des gens librement remodelés, corps adaptés au vide, enfants conçus pour vivre autrement. Depuis des générations, ces fugitifs déplacent leur habitat d’un astre à l’autre pour rester introuvables. Tout le récit tient dans ce compte à rebours : la sonde a vu, il faut décider vite.

Sous la farce, une vraie question affleure. Le Bureau interdit les modifications génétiques au nom de la sécurité, la Colonie les revendique au nom de la liberté. Qui a raison ? Hutchinson se garde bien de trancher. Il installe deux logiques également défendables et laisse le lecteur avec l’inconfort. C’est ce qui sépare une bonne novella d’idée d’un simple divertissement : elle vous rend la question au lieu de vous servir la réponse.

Un narrateur qui ne se prend pas au sérieux

Hutchinson raconte à la première personne, avec une nonchalance désarmante. Duke jure, digresse, se plaint de ses responsabilités et regrette le temps où il écrivait des vers. Le texte a le débit d’un bon polar et l’humour d’un type qui a renoncé à comprendre pourquoi on l’a mis aux commandes. Ce ton léger est un piège. On lit vite, on sourit, on baisse la garde. C’est exactement ce que veut l’auteur.

La science est là, mais toujours au service du récit. Le génie génétique, la survie dans le vide, les ruses pour tromper une civilisation entière : Hutchinson pose ses idées sans jamais s’appesantir. On avance à la vitesse de la lecture, pas à celle du cours magistral.

Une chute qui relit tout le livre

Je ne dirai rien du dénouement. Sachez seulement que les dernières pages retournent le récit comme un gant. On repense aussitôt à tout ce qu’on vient de lire, et l’ensemble change de sens. C’est la mécanique des grandes nouvelles : la révélation ne s’ajoute pas, elle réécrit ce qui précède. Acadie appartient à cette famille, celle des textes courts qu’on a envie de recommencer dès la dernière ligne pour voir comment le tour a été joué.

La collection Une Heure-Lumière

Une Heure-Lumière est la collection de novellas du Bélial’, ces textes qui se lisent, comme le nom le promet, en une petite heure. Le format convient idéalement à la science-fiction d’idée : pas de gras, une intuition forte, une exécution nette. Acadie a servi de porte d’entrée à Dave Hutchinson en français, avant ses romans. C’est un point de départ malin, parce qu’il montre tout de suite ce que l’auteur sait faire de mieux : tenir une tension et retourner la table.

L’auteur : Dave Hutchinson

Dave Hutchinson est né à Sheffield, en Angleterre, en 1960. Il a étudié les études américaines à l’université de Nottingham, puis a exercé le journalisme pendant près de vingt-cinq ans. Il est surtout connu pour sa série Fractured Europe, ouverte par Europe in Autumn en 2014 : des thrillers d’espionnage dans une Europe proche éclatée en centaines de micro-États aux frontières verrouillées, dont un volume a reçu le prestigieux BSFA Award. Acadie, parue chez l’éditeur Tor.com en 2017, montre l’autre versant de son talent, celui de la science-fiction spéculative concentrée en peu de pages.

Trois raisons de le lire

  • Cent pages qui se lisent d’une traite, sans rien sacrifier de l’idée de départ.
  • Une réflexion vive sur le transhumanisme, la liberté de disposer de son corps et le prix de la survie.
  • Une chute qui vaut à elle seule le détour, et qu’on a envie de faire relire à quelqu’un aussitôt.

Questions fréquentes

Faut-il aimer la science-fiction pour lire Acadie ?

Non. Le ton est celui d’un polar mené tambour battant, l’humour fait passer les concepts, et l’ensemble tient en une heure. C’est une très bonne première novella de SF pour quelqu’un qui hésite.

Acadie est-il lié à la série Fractured Europe ?

Non, c’est un texte totalement indépendant. Aucun prérequis, aucune suite à connaître. Il se lit seul, et se suffit à lui-même.

Combien de temps faut-il pour le lire ?

Une heure environ, fidèle à l’esprit de la collection. Prévoyez peut-être dix minutes de plus pour rester assis, une fois la dernière page tournée, à remettre les pièces en place.

Le mot de la fin

Acadie est le genre de petit livre qu’on prête avec un sourire, en disant seulement : lis, et reviens me voir. Prenez-le si vous aimez la SF qui va droit au but, ou si vous voulez tester la Une Heure-Lumière sans vous engager pour trois cents pages. Le rapport plaisir sur temps de lecture est imbattable.

Repères

  • Titre : Acadie
  • Auteur : Dave Hutchinson (né en 1960)
  • Parution originale : 2017 (Tor.com)
  • Édition française : Le Bélial’, collection Une Heure-Lumière, 2019
  • Traduction : Mathieu Prioux

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