Birthday girl est une nouvelle de Haruki Murakami, disponible en français au 10/18 dans une édition illustrée par l’Allemande Kat Menschik et traduite par Hélène Morita. C’est un texte court, une soirée de lecture à peine, qui pose une question simple et vertigineuse : le jour de ses vingt ans, une serveuse se voit offrir un vœu par un vieil homme qu’elle ne connaît pas. Elle le formule. Et le récit se garde bien de nous dire lequel.

Une soirée qui devait être ordinaire
La narratrice a vingt ans. Elle travaille comme serveuse dans un restaurant italien chic au sommet d’un immeuble de Tokyo. Le soir de son anniversaire, celui qui devait s’occuper d’elle tombe malade, et elle se retrouve à assurer le service, seule avec sa déception muette. Personne ne fête rien. Le petit ami n’a pas appelé. C’est le genre de journée censée être spéciale qui s’annonce parfaitement banale.
Puis on lui demande de monter un plateau au propriétaire des lieux, un vieil homme que personne ne voit jamais, retiré au sixième étage. Là, tout bascule dans un registre à peine décalé, ce léger pas de côté vers l’étrange dont Murakami a le secret. Le vieillard apprend que c’est son anniversaire. Il lui propose d’exaucer un souhait. Un seul.
L’art de ne pas tout dire
Tout le sel de la nouvelle tient dans ce que Murakami refuse de nous livrer. On ne saura jamais ce que la jeune femme a demandé. On apprend seulement, des années plus tard, qu’elle est devenue une adulte, mariée, avec des enfants, et qu’elle porte encore ce vœu comme un secret dont elle n’est même pas sûre qu’il ait changé quoi que ce soit.
Cette rétention est un choix radical. Murakami désamorce le conte de fées. Pas de morale, pas de révélation finale, pas de leçon sur les vœux qui se retournent contre celui qui les fait. À la place, une interrogation qui reste ouverte : est-ce que ce qu’on désire à vingt ans dit vraiment qui l’on est ? Et surtout, un vœu accompli laisse-t-il une trace, ou la vie suit-elle son cours de toute façon ?
Un objet-livre à part entière
L’édition 10/18 mérite qu’on s’y arrête pour elle-même. Les illustrations de Kat Menschik, tout en aplats et en contrastes, donnent au texte une atmosphère de nuit urbaine et de conte. C’est sa quatrième collaboration avec Murakami, après Sommeil, Les Attaques de la boulangerie et L’Étrange Bibliothèque. On tient un petit livre soigné, à offrir, où l’image dialogue avec la prose au lieu de la décorer.
Il faut le savoir avant d’acheter : le volume est très court, une cinquantaine de pages. On paie autant le texte que l’objet. Pour qui aime les belles éditions et l’univers de l’auteur, le prix se justifie. Pour qui cherche un roman-fleuve, mieux vaut regarder ailleurs dans sa bibliographie.
Du Murakami à dose concentrée
On retrouve ici, en miniature, tout ce qui fait la signature de l’écrivain. Le Tokyo nocturne. Le personnage ordinaire happé par une brèche de surnaturel. Le refus des explications. Cette mélancolie douce qui affleure sans jamais peser. J’aime que Murakami sache faire tenir dans cinquante pages ce que d’autres délaieraient sur trois cents. La nouvelle est une forme qui lui va parfaitement, et celle-ci en est une bonne démonstration.
L’auteur : Haruki Murakami
Haruki Murakami est né à Kyoto en 1949 et a grandi dans la région de Kobe. Avant d’écrire, il a tenu un club de jazz à Tokyo, expérience qui irrigue toute son œuvre. Révélé par La Course au mouton sauvage puis par le succès mondial de La Ballade de l’impossible, il est devenu l’écrivain japonais le plus lu à l’étranger, traduit dans des dizaines de langues. Ses romans, de Kafka sur le rivage à 1Q84, mêlent réalisme du quotidien et irruptions du fantastique. Birthday girl a d’abord été écrite pour l’anthologie qu’il a lui-même dirigée, Birthday Stories, en 2002, avant d’être reprise dans le recueil Saules aveugles, femme endormie.
Trois raisons de le lire
- Une porte d’entrée idéale dans l’univers de Murakami, en une seule soirée et sans engagement.
- Une édition illustrée soignée, à s’offrir ou à offrir, où le dessin de Kat Menschik prolonge le texte.
- Une fin ouverte qui continue de travailler longtemps après qu’on a refermé le livre.
Questions fréquentes
Faut-il déjà connaître Murakami pour l’apprécier ?
Pas du tout. C’est même un excellent premier contact. Le texte est court, limpide, et donne un avant-goût très fidèle du ton de l’auteur avant de se lancer dans un de ses gros romans.
Cette nouvelle existe-t-elle ailleurs que dans cette édition ?
Oui. On la trouve aussi dans le recueil Saules aveugles, femme endormie. L’édition 10/18 illustrée par Kat Menschik est une version autonome, pensée comme un bel objet à part.
Apprend-on ce que la jeune femme a souhaité ?
Non, et c’est volontaire. Murakami laisse le vœu dans l’ombre. C’est précisément ce silence qui donne sa force au récit et qui alimente les discussions entre lecteurs.
Le mot de la fin
Une nouvelle mineure dans la bibliographie de Murakami, mais un objet mineur qu’on garde. Je la conseille pour ce qu’elle est : une parenthèse élégante, un cadeau de lecture, une manière d’entrer chez l’auteur par une petite porte. On la lit vite, on y repense lentement.
Repères
- Titre : Birthday girl (バースデイ・ガール, Bāsudei Gāru)
- Auteur : Haruki Murakami (né en 1949)
- Écriture : 2002, pour l’anthologie Birthday Stories
- Édition française : 10/18, illustrations de Kat Menschik, traduction d’Hélène Morita
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