Histoire de Benkei est un récit médiéval japonais anonyme, traduit du japonais par René Sieffert et publié en 1995 aux Publications orientalistes de France, dans la collection Tama. En quatre-vingt-quinze pages, il retrace la vie du plus célèbre moine-guerrier du Japon, le géant Benkei, compagnon fidèle du héros Minamoto no Yoshitsune. Une légende que tout écolier japonais connaît, enfin lisible en français.

Qui est Benkei
Benkei (1155-1189) est un sôhei, un moine-soldat, décrit par la tradition comme un colosse de plus de deux mètres, fort comme dix hommes, bagarreur et rusé. La légende raconte qu’il se poste sur le pont de Gojô, à Kyôto, et défie tous les guerriers qui passent pour leur prendre leur sabre. Il en a déjà collectionné neuf cent quatre-vingt-dix-neuf quand paraît un adolescent frêle jouant de la flûte, Ushiwakamaru, le futur Yoshitsune. Benkei perd le duel. De vaincu, il devient serviteur, et cette défaite scelle la plus fidèle des loyautés. Toute la suite du récit découle de cette rencontre. Le colosse invincible met sa force démesurée au service du plus fin, du plus jeune, du plus fragile, et il ne s’en écartera plus jamais, jusqu’à la mort. Peu de duo sont aussi célèbres au Japon que ce couple du géant et du prince.
Une légende plus qu’une biographie
Le texte relève du merveilleux médiéval, pas de l’histoire au sens strict. On y trouve des exploits invraisemblables, un humour truculent, un héros qui mange et boit comme quatre. Benkei y est un personnage haut en couleur, débatteur retors, à la morale élastique mais toujours au service d’une cause juste. C’est le plaisir du conte qui prime, celui qu’on se transmettait à voix haute, entre théâtre populaire et récit édifiant. On sent, en le lisant, des siècles de récitation et de mise en scène : Benkei a nourri le théâtre nô, le kabuki et l’estampe, et le texte porte cette énergie de spectacle. Il ne cherche pas la vraisemblance, il cherche l’effet, la démesure, le sourire du public.
La mort debout
La fin est le sommet de la légende. Acculé avec Yoshitsune à Koromogawa en 1189, Benkei tient seul un passage pour protéger la fuite de son maître. Criblé de flèches, il continue de se dresser. Les assaillants n’osent plus approcher. Lorsqu’un cavalier finit par le frôler, le géant s’effondre : il était mort depuis un moment, toujours debout. Cette tachi-ôjô, la mort debout, est devenue au Japon une image de la fidélité poussée au-delà de la vie. Elle résume à elle seule ce que la culture japonaise place au sommet des vertus guerrières : non pas la victoire, mais le refus absolu de céder, jusque dans la mort. On retrouve là, en miniature, exactement la logique que Morris décrit dans La Noblesse de l’échec.
Le traducteur : René Sieffert
René Sieffert (1923-2004) est le grand passeur de la littérature japonaise en France. Japonologue, professeur, il a fondé les Publications orientalistes de France et traduit une masse impressionnante de classiques : le Dit du Genji, le Dit des Heiké, l’oeuvre de Bashô, le théâtre nô. Sa traduction de l’Histoire de Benkei prolonge le travail de toute une vie, rendre accessibles des textes que presque personne ne lisait hors du Japon. Sans lui, une bonne part du patrimoine littéraire japonais serait restée hors de portée du lecteur francophone.
Pour qui aime le Dit des Heiké
Benkei et Yoshitsune sont des figures majeures du Dit des Heiké, la grande épopée de la guerre entre les clans Taira et Minamoto. Ce court récit fonctionne comme un satellite de cette épopée, centré sur un seul personnage. On peut le lire seul, sans rien connaître du contexte, mais il prend une saveur particulière quand on a déjà croisé Yoshitsune ailleurs. C’est une friandise pour amateur de Japon médiéval, brève et savoureuse. Il fait aussi une excellente marche d’approche : moins de cent pages pour prendre goût à cet univers de moines-soldats, de clans rivaux et d’honneur poussé à l’extrême, avant de se lancer dans les grands textes plus imposants que Sieffert a également traduits.
Trois raisons de le lire
- Découvrir en moins de cent pages l’une des grandes légendes du Japon médiéval.
- Le plaisir d’un conte truculent, plein d’humour et de bravoure.
- Un texte traduit par René Sieffert, gage d’exigence et de fidélité.
Questions fréquentes
Est-ce un texte historique ?
Non, c’est une légende médiévale. Benkei a sans doute existé, mais le récit relève du merveilleux et de la tradition orale, pas de la chronique.
Faut-il avoir lu le Dit des Heiké ?
Pas nécessaire. Le récit se suffit à lui-même. Mais connaître Yoshitsune enrichit beaucoup la lecture.
Le livre est-il facile à trouver ?
Il s’agit d’une édition confidentielle des Publications orientalistes de France. On le trouve surtout d’occasion ou en librairie spécialisée.
Repères
- Titre : Histoire de Benkei
- Auteur : anonyme, récit médiéval japonais
- Traduction : René Sieffert (1923-2004)
- Parution française : Publications orientalistes de France, collection Tama, 1995
- Format : environ quatre-vingt-quinze pages
Le mot de la fin
Une lecture brève et réjouissante, à réserver aux curieux du Japon ancien. On la referme avec l’image du géant mort debout sur son pont, et l’envie de retourner vers les grandes épopées dont il est issu. Pour un amateur de samouraïs et de légendes, c’est un petit trésor, à condition de mettre la main dessus. Et l’on remercie, une fois de plus, le traducteur d’avoir ouvert cette porte que si peu de lecteurs francophones auraient pu franchir autrement.
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