Haïku : l’anthologie Folio Bilingue du poème japonais

Couverture de Haiku (anthologie) de Collectif

Haïku : Anthologie du poème court japonais réunit plus de cinq cents poèmes, de Bashô à Shiki, dans un petit volume Folio Bilingue publié par Gallimard en 2002. L’anthologie est établie et traduite par Corinne Atlan et Zéno Bianu. Sur chaque page, le poème se lit en japonais, en transcription romanisée et en français, ce qui en fait autant un livre de poésie qu’un compagnon de lecture pour qui apprend la langue.

Couverture de Haiku (anthologie) de Collectif

Dix-sept syllabes, quatre saisons

Le haïku tient en trois segments de cinq, sept et cinq mores. Presque toujours, un mot de saison, le kigo, l’ancre dans un moment de l’année. Une grenouille qui saute, une cigale, la première neige : le poème note un instant et s’arrête. Le reste, l’émotion, la portée, se déplie dans le silence qui suit. L’anthologie suit d’ailleurs le fil des saisons, du printemps à l’hiver, comme le veut la tradition des recueils japonais.

Cette brièveté est trompeuse. On lit un haïku en trois secondes et on y revient dix fois. Rien n’est expliqué, tout est suggéré. Le lecteur fait la moitié du travail, exactement comme devant un roman de Kawabata, mais à l’échelle de trois vers. Le genre naît d’ailleurs du hokku, la strophe d’ouverture des poèmes enchaînés, avant de devenir une forme autonome. De cette origine, il garde le goût du fragment, cette impression qu’un poème pourrait toujours en appeler un autre.

Le pouvoir du blanc

Un haïku réussi ne décrit pas un sentiment, il installe une scène et laisse le sentiment monter tout seul. Bashô observe une mare, une grenouille, le bruit de l’eau, et une mélancolie diffuse s’invite sans qu’un seul mot ne la nomme. Cette économie radicale a de quoi désarçonner le lecteur habitué à ce qu’un poème lui explique quoi ressentir. Ici, rien n’est souligné. On apprend à lire les blancs.

Lire le poème dans les deux langues

C’est là que l’édition bilingue prend tout son sens. Voir le texte original en regard de la traduction change la lecture. On repère un kanji, on suit la transcription, on entend le rythme que le français ne peut pas rendre. Pour qui apprend le japonais, chaque page devient un petit exercice : reconnaître un mot, deviner une tournure, mesurer l’écart entre ce que dit la langue et ce qu’en fait le traducteur.

J’y reviens souvent, un poème à la fois, sans chercher à tout comprendre. C’est une lecture qui se déguste par petites gorgées, jamais d’une traite. Le format de poche aide : le livre suit partout et s’ouvre à n’importe quelle page. Et l’appareil critique reste discret. Quelques notes, une préface, de courtes présentations des poètes, juste ce qu’il faut pour situer un nom ou une saison, sans jamais transformer le recueil en cours magistral.

De Bashô à Shiki, quatre voix

L’anthologie fait la part belle aux quatre grands maîtres. Bashô, le voyageur, qui a élevé le haïku au rang d’art. Buson, peintre autant que poète, attentif à la couleur et à la lumière. Issa, le plus humain, tendre avec les moineaux, les mouches et les escargots. Shiki enfin, qui a donné son nom moderne au genre à la fin du dix-neuvième siècle et l’a tiré vers l’observation directe. Les lire à la suite, c’est parcourir deux siècles de sensibilité japonaise sans jamais quitter la nature et le quotidien.

L’oeuvre : une anthologie de Corinne Atlan et Zéno Bianu

Corinne Atlan, née en 1954, est traductrice et romancière. Diplômée de l’INALCO, elle a vécu près de vingt ans en Asie, au Japon et au Népal, et a traduit une soixantaine d’ouvrages, dont des romans de Murakami Haruki. Zéno Bianu, né en 1950, est poète et dramaturge, familier des littératures de l’Orient. Ensemble, ils ont composé pour Gallimard plusieurs anthologies de référence, dont ce volume classique et un compagnon consacré au haïku du vingtième siècle.

Leur travail ne se limite pas à traduire. Ils choisissent, ordonnent, présentent, et signent une préface qui donne les clés sans alourdir. Le résultat se lit sans aucune connaissance préalable du Japon.

Trois raisons de le lire

  • Plus de cinq cents poèmes pour le prix d’un livre de poche, avec le texte original en regard.
  • La porte d’entrée idéale vers la poésie japonaise, sans érudition requise.
  • Un compagnon parfait pour l’apprenant : chaque page est un exercice de lecture déguisé.

Questions fréquentes

Faut-il connaître le japonais pour l’apprécier ?

Non. La traduction française se suffit à elle-même. Le texte original et sa transcription sont un bonus pour qui veut aller plus loin, jamais un obstacle.

Quelle différence avec Haiku du XXe siècle des mêmes auteurs ?

Ce volume couvre les classiques, de Bashô à Shiki. Le second, également en Folio, rassemble les poètes modernes et contemporains. Les deux se complètent très bien.

Par quel poète commencer ?

Issa, sans hésiter. Sa tendresse et son humour rendent le genre immédiatement accessible, avant de remonter vers la rigueur de Bashô.

Repères

  • Titre : Haïku, Anthologie du poème court japonais
  • Édition établie par Corinne Atlan et Zéno Bianu
  • Parution : Gallimard, collection Folio Bilingue, 2002
  • Format : bilingue japonais / français, plus de cinq cents poèmes
  • Poètes réunis : Bashô, Buson, Issa, Shiki et bien d’autres

Le mot de la fin

C’est le genre de livre qu’on garde à portée de main et qu’on rouvre pour une minute. Aucune obligation de le lire en entier, aucune progression à suivre. Trois vers suffisent à changer l’humeur d’une soirée. Si vous ne deviez emporter qu’un seul livre de poésie japonaise, celui-ci ferait un excellent premier choix.

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