Par où commencer Gundam ? Quatre portes d’entrée, et tu n’as besoin d’aucune des trois autres. Mobile Suit Gundam (1979, 43 épisodes) pour l’origine. Gundam Wing ou Gundam SEED pour les années 90 et 2000. The Witch from Mercury (2022, 24 épisodes) pour une histoire courte et récente. Gundam: Requiem for Vengeance (Netflix, 2024) pour six épisodes, et puis c’est tout.
Voilà la version courte. La suite explique pourquoi la saga fait peur pour de mauvaises raisons.
Une cinquantaine de titres, et personne pour t’orienter
Le catalogue impressionne. Séries télé, OVA, films, spin-offs, jeux : depuis 1979, Sunrise (devenu Bandai Namco Filmworks) a empilé plusieurs dizaines de titres animés. Tu cherches par où entrer, tu tombes sur un tableau chronologique à trois colonnes avec des flèches dans tous les sens. Et tu refermes l’onglet.
Le malentendu tient en une phrase. Gundam n’est pas une seule histoire de cinquante saisons, c’est une collection d’histoires qui partagent un décor (des robots pilotés, une guerre, des colonies spatiales) et parfois rien d’autre. Chaque grande série ouvre son propre calendrier, et le plus ancien, celui qui sert de tronc à toute la saga, s’appelle l’Universal Century. Les autres repartent de zéro : nouveaux personnages, nouvelle guerre, nouveau nom d’ère.
Conséquence pratique, et elle change tout : tu peux commencer à peu près n’importe où. Vraiment n’importe où.
Par où commencer Gundam : les quatre portes d’entrée
1979, la porte d’origine
Mobile Suit Gundam a été diffusé du 7 avril 1979 au 26 janvier 1980. Quarante-trois épisodes. L’histoire se passe en Universal Century 0079, pendant la guerre d’un an entre la Fédération terrestre et la principauté de Zeon. Un adolescent, Amuro Ray, se retrouve dans le cockpit d’un robot qu’il n’a pas demandé à piloter, et en face de lui avance Char Aznable, masqué, rival, ennemi, franchement plus intéressant que le héros (avis personnel, mais assez largement partagé). Le vrai sujet, c’est lui.
C’est là que naît le real robot : la machine n’est plus un jouet invincible, c’est un engin militaire produit en série, qui tombe en panne, qui manque de carburant, et qui a besoin d’une logistique. Tout le genre mécha vient de ce virage.
Détail que j’adore : la série a été un échec d’audience. Les sponsors ont coupé la commande de 52 à 39 épisodes, l’équipe a négocié un mois de rallonge (43, donc). Ce sont les maquettes qui ont sauvé le programme. Bandai sort le premier Gunpla en juillet 1980, un RX-78-2 au 1/144 à 300 yens, et le carton des boîtes provoque les rediffusions, puis la trilogie de films de compilation (1981-1982), puis près de cinquante ans de suites. La saga la plus influente de l’animation japonaise a été sauvée par du plastique. Ça ne s’invente pas.
Les années 90 et 2000, la porte nostalgie
Mobile Fighter G Gundam (1994) transforme la guerre en tournoi d’arts martiaux entre nations. Frontalement débile. Et très bien. Gundam Wing (1995) a servi de porte d’entrée à une génération entière hors du Japon. Gundam SEED (2002) a fait pareil pour la suivante, avec un tel succès que son film SEED Freedom (janvier 2024) est devenu le plus gros score de la franchise au box-office japonais, quatre milliards de yens.
Aucune de ces trois séries n’a besoin des autres, elles ne partagent ni l’univers, ni les personnages, ni le calendrier, juste une marque et des robots pilotés.
La porte courte : The Witch from Mercury
Vingt-quatre épisodes. Diffusés d’octobre 2022 à juillet 2023, calendrier Ad Stella. L’héroïne, Suletta Mercury, arrive dans une école pilotée par un conglomérat industriel, et les duels de robots y remplacent le conseil de discipline. C’est la première série télé principale de la franchise portée par une héroïne. Format court, esthétique moderne, rythme rapide : si tu veux tester Gundam sans engager un mois de ta vie, commence ici.
La porte Netflix : Requiem for Vengeance
Six épisodes de vingt-cinq minutes, sortis le 17 octobre 2024. Produit par Sunrise avec le studio Safehouse, animé entièrement sous Unreal Engine 5 (une première pour une production Gundam), écrit et joué en anglais. On suit une capitaine de Zeon, Iria Solari, sur le front européen à la toute fin de la guerre d’un an, donc dans le même conflit que la série de 1979, mais vu depuis le camp d’en face. Le camp des perdants.
Trois heures au total. Tu peux tenter le coup un dimanche après-midi, sans rien savoir de la saga, sans avoir vu un seul épisode d’autre chose, et sans que personne ne vienne te reprocher d’avoir commencé par la fin. C’est le test le moins cher.
Faut-il vraiment se taper l’animation de 1979 ?
Je ne vais pas te vendre du confort. La série a quarante-sept ans, ça se voit. Les mouvements sont raides, les couleurs bavent, et les cinq premiers épisodes prennent leur temps comme plus personne n’ose le faire aujourd’hui, au point que j’ai calé une première fois vers l’épisode 6 avant d’y revenir des années plus tard. Deux fois, en fait.
Le verdict quand même. Ça vaut le coup, mais pas à n’importe quel prix. Deux solutions honnêtes. Soit tu prends la trilogie de films de 1981-1982, qui resserre les 43 épisodes en trois longs métrages (avec une partie des scènes réanimées, et c’est la version que je conseille à quelqu’un de pressé). Soit tu t’imposes cinq épisodes, et tu arrêtes sans culpabilité si ça ne prend pas. Il reste quarante autres titres.
L’Universal Century remis dans l’ordre
Si tu veux la ligne principale, celle qui raconte une histoire continue sur plusieurs décennies, la voici, sachant que l’ordre de sortie et l’ordre chronologique interne ne coïncident pas (je donne celui qui se regarde le mieux, pas celui qui ferait plaisir à un archiviste). Sept étapes, pas cinquante.
- Mobile Suit Gundam (1979, 43 épisodes) ou la trilogie de films.
- Gundam 0080: War in the Pocket (1989, 6 OVA). La guerre vue par un gamin qui se lie d’amitié avec un pilote ennemi. Le format le plus court, et sans doute le plus dur.
- The 08th MS Team (1996-1999, 12 épisodes). La même guerre au ras du sol, dans la jungle, avec de la boue sur les machines.
- Zeta Gundam (1985, 50 épisodes). Sept ans après. Plus sombre, plus politique, et le vrai sommet de la période pour beaucoup de fans.
- Gundam ZZ (1986). Suite directe de Zeta, ton nettement plus léger au début (ça déstabilise, tiens bon).
- Char contre-attaque (film, 1988). La conclusion du duel commencé en 1979.
- Gundam Unicorn (OVA, 2010-2014, 7 épisodes). Réalisée trente ans plus tard, avec les moyens d’aujourd’hui. Techniquement magnifique.
Tu peux t’arrêter après n’importe laquelle de ces étapes. Personne ne viendra vérifier.
Les univers alternatifs, ou l’art de repartir de zéro
Hors Universal Century, chaque série pose son propre monde. G Gundam a le Future Century, Wing l’After Colony, SEED la Cosmic Era, Gundam 00 (2007) l’Anno Domini, Iron-Blooded Orphans (2015) le Post Disaster, The Witch from Mercury l’Ad Stella. Sept portes, sept histoires, zéro prérequis. Sers-toi.
La dernière en date mérite un mot : Mobile Suit Gundam GQuuuuuuX (2025), douze épisodes, coproduit par le studio Khara et Sunrise, réalisé par Kazuya Tsurumaki et coécrit par Hideaki Anno. Oui, tu as bien lu. Les gens d’Evangelion reviennent au robot géant, dans une version alternative de la guerre de 1979. Le film de montage Beginning a pris la première place du box-office japonais à sa sortie en janvier 2025.
Où regarder Gundam en France
Crunchyroll porte l’essentiel du catalogue. La série de 1979 y est arrivée en VOSTFR en janvier 2021, après plus de quarante ans d’inédit en France, et une dizaine d’autres titres l’accompagnent (Wing, SEED, Iron-Blooded Orphans, Unicorn RE:0096, les Build Fighters). Requiem for Vengeance est sur Netflix. GQuuuuuuX est passé par Prime Video.
Un avertissement, parce que je me suis déjà fait avoir : les catalogues bougent tous les trimestres, donc vérifie sur la plateforme avant de payer un abonnement pour un titre précis. Ça évite la mauvaise soirée.
2026, une bonne année pour monter dans le train
Deux nouvelles rendent le moment intéressant pour un débutant.
La première, un film en prises de vues réelles. Legendary le produit pour Netflix, la réalisation est passée à Jim Mickle après le départ de Jordan Vogt-Roberts (attaché au projet depuis 2021), et la presse spécialisée annonce un tournage au printemps 2026 entre l’Australie et le Royaume-Uni. Aucune date de sortie officielle à ce jour. Prudence, donc : ce projet a déjà changé de mains une fois.
La seconde compte davantage. Au San Diego Comic-Con de juillet 2026, Bandai Namco Filmworks a annoncé Mobile Suit Gundam RG: XARX-ZERO, réalisé et écrit par Kenji Kamiyama (Ghost in the Shell: Stand Alone Complex), musique de Go Shiina, avec un jeu associé, Gundam Rogue Orbit. Nouvelle chronologie, ni Universal Century ni Cosmic Era, anime attendu en 2027 (les annonces officielles arrivent sur le site officiel de la franchise). Autrement dit : une porte d’entrée neuve, sans quarante-sept ans d’arriéré à rattraper. Une page blanche. Si tu veux prendre la saga en marche au tout début de quelque chose, c’est le train à ne pas rater.
Et si tu veux toucher les robots
Regarder, c’est une moitié du loisir. L’autre tient dans une boîte : les Gunpla, ces maquettes à clipser sans colle ni peinture qui ont sauvé la série en 1980 et qui se vendent toujours par millions. J’ai écrit un guide pour débuter le Gunpla, et un autre sur les grades HG, RG, MG et PG, qui sont la première chose qui perd les débutants en magasin. Pour le contexte général de la franchise, il y a aussi ma présentation de l’univers Gundam.
Et si tu passes par Tokyo, presse-toi. La statue à l’échelle 1 du Unicorn Gundam, 19,7 mètres, plantée devant DiverCity Tokyo Plaza à Odaiba depuis septembre 2017, tire sa révérence le 31 août 2026, après presque neuf ans de service. J’ai vu la transformation. Les panneaux blancs s’ouvrent, le psycho-frame rouge s’allume dessous, la corne se fend en deux, et la foule qui attendait devant le centre commercial arrête net de parler. Ça dure une minute. C’est complètement bête et c’est très beau. Quatre passages par jour (11h, 13h, 15h et 17h), plus des projections le soir sur la façade, et ça ne coûte rien. Son cousin mobile de Yokohama, lui, a fermé dès le 31 mars 2024 (il a été remonté ensuite pour l’Exposition universelle d’Osaka).

Questions fréquentes
Faut-il regarder les séries Gundam dans l’ordre ?
Non. Seules les séries d’une même chronologie se suivent, et il n’y en a qu’une seule qui soit vraiment longue, l’Universal Century, celle qui va de 1979 à Unicorn. Toutes les autres sont indépendantes : Wing, SEED, Iron-Blooded Orphans ou The Witch from Mercury se regardent sans avoir vu une seule minute des autres.
Quelle série Gundam regarder en premier quand on n’y connaît rien ?
The Witch from Mercury (2022, 24 épisodes) si tu veux du récent et du court. Requiem for Vengeance (Netflix, 2024, 6 épisodes) si tu veux tester en trois heures. Mobile Suit Gundam (1979) ou sa trilogie de films si tu tiens à commencer par le début. Les trois se valent comme point de départ.
Combien de séries Gundam existe-t-il ?
Il n’y a pas de chiffre officiel unique, parce que tout dépend de ce que l’on compte (séries télé, OVA, films de compilation, courts, séries pour enfants). En pratique, une trentaine de séries et d’OVA, et une cinquantaine de titres animés si on ajoute les films. Personne ne les a tous vus, et ce n’est pas le but.
Le mot de la fin
Gundam n’est pas un devoir de vacances. Il n’y a pas d’ordre canonique à respecter, pas d’examen d’entrée, pas de gardien du temple à convaincre (et ceux qui jouent ce rôle sur les forums peuvent être ignorés sans dommage). Il y a une porte qui te correspond. Tu la pousses. Et tu vois.
Moi, j’ai commencé par les maquettes et l’anime est venu longtemps après, ce qui est l’ordre le moins recommandé de tous les ordres possibles, et ça a très bien marché.
Bon voyage.



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