Le Restaurant des recettes oubliées 2 : encore meilleur ?

Couverture du Restaurant des recettes oubliées, deuxième service, de Hisashi Kashiwai, édition J'ai Lu

Deuxième service pour Le Restaurant des recettes oubliées de Hisashi Kashiwai, en poche chez J’ai Lu. Le principe n’a pas changé : dans une ruelle de Kyoto, un restaurant sans enseigne. Nagare Kamogawa, ancien policier devenu cuisinier, et sa fille Koishi y retrouvent pour leurs clients des plats disparus, et les souvenirs qui vont avec.

Couverture du Restaurant des recettes oubliées, deuxième service, de Hisashi Kashiwai, édition J'ai Lu

La cuisine comme enquête

Chaque chapitre fonctionne comme une petite enquête : un client arrive avec le souvenir flou d’un plat (un sukiyaki d’enfance, des nouilles mangées un soir précis), et Nagare part sur la piste, en vrai policier de la mémoire. La résolution passe par l’assiette. C’est réglé comme du papier à musique, et c’est précisément ce qu’on vient chercher.

Le genre feel-good japonais assume sa formule, comme une série qu’on retrouve. Celui-ci vaut par Kyoto, par la précision des plats, et par ce que la nourriture y répare sans grands discours.

L’auteur : Hisashi Kashiwai

Hisashi Kashiwai est né à Kyoto en 1952. Dentiste de profession pendant des années, chroniqueur gastronomique par passion, il connaît les tables de sa ville comme personne : il leur a d’abord consacré des guides et des essais avant de passer au roman. La série Kamogawa, lancée au Japon en 2013, est devenue un phénomène de librairie international, traduite dans de nombreuses langues. En France, c’est Alice Hureau qui signe la traduction.

Pourquoi Le Restaurant des recettes oubliées fonctionne

Le feel-good culinaire japonais est devenu un rayon à part entière, et il doit beaucoup à cette série. La recette de Kashiwai tient à trois ingrédients : une structure de nouvelles qui se lisent indépendamment, un savoir gastronomique réel (chaque plat est documenté au détail près), et une pudeur très japonaise sur les émotions. On vient pour l’assiette, on reste pour ce que l’assiette répare. Le deuxième service ne change rien à la formule, et c’est très bien ainsi.

Trois raisons de le lire

  • Des chapitres autonomes, parfaits pour le soir, sans cliffhanger anxiogène.
  • Kyoto en creux : quartiers, saisons, marchés, tout y est sans guide touristique.
  • La cuisine comme machine à mémoire, thème universel s’il en est.

Pour situer l’oeuvre

La série Kamogawa est née en 2013 au Japon, bien avant que la vague feel-good ne déferle sur les librairies occidentales. Kashiwai écrivait pour un lectorat japonais nourri de shôwa nostalgie, cette tendresse pour les années d’après-guerre, leurs cantines et leurs plats simples. C’est ce socle qui donne à la série sa crédibilité : derrière chaque nabe ou chaque tonkatsu retrouvé, il y a une époque, un régionalisme, un geste précis. La traduction française est arrivée en 2023 et a installé la série parmi les succès du rayon.

Questions fréquentes

Peut-on lire le deuxième service sans le premier ?

Oui. Chaque tome est un recueil d’enquêtes culinaires indépendantes, et le duo père-fille se présente à nouveau en quelques pages. Commencer par le premier reste préférable pour le plaisir de la découverte, mais rien ne bloque.

Est-ce que ça donne faim ?

Oui, dangereusement. Kashiwai décrit les plats en connaisseur, du bouillon au dressage. Prévoir de lire après le dîner, ou d’assumer une envie soudaine de cuisine japonaise mijotée.

Que lire si on a aimé ?

Dans la même veine culinaire et réparatrice : Le Merveilleux Restaurant des souvenirs de Yuta Takahashi, chroniqué ici même, ou La Cantine de minuit de Yarô Abe côté manga, qui partage le même amour des plats simples et des vies cabossées.

Au menu du deuxième service

Le tome s’ouvre comme toujours par la petite annonce sibylline que fait paraître le restaurant dans une revue gastronomique : « Restaurant Kamogawa. Détective en recettes. » Les clients qui la déchiffrent arrivent avec des demandes impossibles : retrouver le goût d’un plat de nouilles mangé avec un père disparu, une soupe précise d’un hiver d’enfance, un plat de fête dont il ne reste qu’une photo jaunie. Koishi mène l’entretien préalable dans son bureau, avec ses questions faussement naïves ; Nagare part enquêter, en mobilisant ses réflexes d’ancien flic, ses carnets et son réseau.

La résolution est toujours double. Il y a le plat, reconstitué jusqu’au choix de l’eau et du producteur de légumes, servi sans un mot d’explication. Et il y a la vérité qui l’accompagne : ce que le plat disait, ce que la personne disparue avait voulu transmettre, ce que le client était venu chercher sans le savoir. Kashiwai a l’élégance de ne jamais faire durer l’émotion au-delà du nécessaire : un chapitre, une assiette, une vie remise d’aplomb, et on passe au client suivant.

Le mot de la fin

On ne lit pas les Kamogawa pour être surpris, on les lit pour être bien. C’est une littérature d’artisan, honnête sur ce qu’elle promet et scrupuleuse sur ce qu’elle livre. Le deuxième service tient exactement les promesses du premier, et c’est un compliment. Bon appétit, et bonne lecture : ici, les deux vont vraiment ensemble.

Dernier conseil pratique : ces livres se prêtent merveilleusement bien, mais reviennent rarement. Prévoyez d’emblée un exemplaire pour vous et gardez la liste de ceux à qui vous l’avez confié. L’expérience parle, et le troisième tome vous trouvera de toute façon avant que vous ne l’ayez cherché.

Et après ?

Après les Kamogawa, le rayon feel-good culinaire japonais est vaste mais inégal. Les valeurs sûres : La Cantine de minuit de Yarô Abe en manga, dont la formule (un comptoir, des habitués, un plat par chapitre) a tout inventé, et Le Merveilleux Restaurant des souvenirs de Yuta Takahashi, chroniqué ici, qui ajoute le fantastique du deuil à la recette. Pour aller vers la vraie gastronomie de Kyoto, les livres de photographies et guides sur la cuisine kaiseki prolongent l’expérience côté réel. Et le tome suivant des Kamogawa arrive toujours : c’est une série qu’on retrouve comme on retourne dans un restaurant aimé, sans se poser de question.

Repères

  • Titre : Le Restaurant des recettes oubliées, deuxième service
  • Auteur : Hisashi Kashiwai
  • Édition française : J’ai Lu
  • Série : Kamogawa, tome 2
  • Genre : feel-good japonais, nouvelles liées

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