Le rétrogaming, c’est jouer aujourd’hui aux jeux vidéo d’hier. Trois chemins pour cela : la console d’origine, la mini-console officielle façon NES Classic, et la portable d’émulation signée Anbernic, Miyoo ou Retroid. Ajoutez les abonnements comme Nintendo Switch Online et vous avez le paysage de 2026. Voici pourquoi ça n’a jamais été aussi simple, et par où commencer.

Longtemps, rejouer à un vieux jeu voulait dire remonter la console du grenier, retrouver la bonne péritel et souffler dans la cartouche. Aujourd’hui, la même envie se règle en dix minutes, pour le prix d’un jeu neuf. C’est ce basculement qui m’intéresse, bien plus que la nostalgie elle-même.
Le rétrogaming, c’est quoi exactement
Le mot couvre tout ce qui consiste à jouer à des jeux anciens, sur le matériel d’époque ou sur une machine moderne qui l’imite. Où commence le rétro ? Aucune définition officielle n’existe. En pratique, la communauté place la frontière autour de deux générations de retard, ce qui fait aujourd’hui entrer la PlayStation 2 et la GameCube dans la catégorie. Les puristes s’arrêtent aux consoles à cartouches. Les autres poussent jusqu’à la Wii.
Trois pratiques cohabitent sous la même étiquette, et elles n’ont pas grand-chose en commun.
- La collection : cartouches, boîtes, consoles d’origine. Un hobby d’objet autant que de jeu.
- L’émulation : un logiciel reproduit le fonctionnement de la machine d’époque et lit des fichiers de jeu, les ROMs.
- Les rééditions officielles : mini-consoles, compilations, abonnements. L’éditeur revend son propre catalogue.
La confusion vient de là. Quand un article annonce le retour du rétrogaming, il parle rarement de la même chose que le suivant.
Pourquoi le rétrogaming repart si fort
Trois mouvements se sont additionnés en dix ans. Aucun n’aurait suffi seul.
Les mini-consoles ont prouvé la demande
Novembre 2016. Nintendo sort la NES Classic Mini, réplique miniature de sa console de 1985, avec trente jeux préinstallés et aucune possibilité d’en ajouter. Rupture partout. Nintendo en écoule 2,3 millions d’exemplaires, puis arrête la production en avril 2017, ce qui fait grimper les prix de revente à des niveaux absurdes. La machine revient en juin 2018 et dépasse les 3,6 millions d’unités. La Super NES Classic fera encore mieux, au-delà de 5 millions.
Ces chiffres ont servi de démonstration. Il existait un public prêt à payer pour des jeux vieux de trente ans, enfermés dans un objet clos, sans la moindre nouveauté. Sega, Sony, SNK et Atari ont suivi avec leurs propres miniatures, avec des fortunes très diverses.
Les portables d’émulation ont fait tomber le prix d’entrée
C’est le vrai changement de la période. Une poignée de fabricants, Anbernic, Miyoo, Retroid, Trimui ou Powkiddy, produisent des consoles portables sous Linux ou Android, taillées pour l’émulation. On copie ses jeux sur une carte micro SD, on allume, on joue.
L’échelle des prix est devenue lisible. Autour de 60 à 90 euros, un modèle d’entrée de gamme fait tourner sans effort la NES, la Super NES, la Mega Drive, la Game Boy, la Game Boy Advance et la première PlayStation. La Miyoo Mini Plus reste la référence de ce segment, portée par une communauté qui documente tout. Entre 150 et 250 euros, on atteint la PS2 et la GameCube, avec des écrans AMOLED et des puces Snapdragon. Le Retroid Pocket 5 est celui qu’on cite le plus souvent dans cette tranche.
Autrement dit, le ticket d’entrée est passé sous le prix d’un jeu neuf. C’est ce qui a ouvert les vannes, pas la nostalgie.
Les éditeurs ont fini par suivre
Nintendo Switch Online propose désormais huit catalogues rétro : NES, Super NES, Nintendo 64, Mega Drive, Game Boy, Game Boy Advance, Virtual Boy et GameCube, ces derniers réservés à la Switch 2. Le tout par abonnement, avec un palier supérieur pour les machines les plus récentes. Antstream, Evercade et les compilations d’éditeurs occupent le reste du terrain.
Le modèle a ses limites. Un catalogue loué peut perdre des titres du jour au lendemain, et il ne couvre qu’une fraction minuscule du patrimoine. Mais il a rendu ces jeux visibles pour des joueurs qui n’auraient jamais installé un émulateur de leur vie.
Derrière le rétrogaming, une question de préservation

Voici le chiffre qui change la conversation. En 2023, la Video Game History Foundation et la Software Preservation Network ont mesuré la disponibilité commerciale des jeux sortis aux États-Unis avant 2010. Résultat : 87 % ne sont plus achetables par une voie légale et simple. Seuls 13 % le restent.
À titre de comparaison, l’étude relève que les films muets américains s’en sortent mieux. Et la fermeture de la boutique en ligne de la 3DS a effacé, à elle seule, plus de la moitié des jeux Game Boy encore commercialisés.
Ce chiffre explique beaucoup de choses. Pourquoi la question de l’émulation reste aussi sensible. Pourquoi les prix du marché de collection s’envolent sur certains titres. Et pourquoi une partie de la communauté considère la préservation comme un travail d’archive, pas comme un loisir. Rareté d’un côté, spéculation de l’autre : on a déjà vu ce film ailleurs, et j’en avais parlé à propos des NFT expliqués aux grands-mères.
Se lancer dans le rétrogaming sans se ruiner
Trois chemins, selon ce que vous cherchez vraiment.
Vous voulez rejouer, simplement. Une portable d’entrée de gamme autour de 70 euros et une carte micro SD suffisent. C’est le meilleur rapport plaisir sur euro dépensé, et vous saurez en une semaine si l’envie tient ou si c’était un caprice de samedi soir.
Vous voulez du légal et du sans effort. L’abonnement Nintendo est la voie la plus courte si une Switch traîne déjà dans le salon. Les compilations officielles font le reste, souvent pour une quinzaine d’euros, et elles arrivent avec les manuels et les bonus d’époque.
Vous voulez l’objet. Là, ce n’est plus du jeu, c’est de la collection. Comptez le prix de la console d’époque, celui d’un adaptateur vidéo moderne, et le risque du matériel fatigué. Un hobby en soi, avec sa patience, ses forums et ses trouvailles, pas si loin de ce que je raconte sur les maquettes Gunpla.
Questions fréquentes
Le rétrogaming, est-ce légal ?
Cela dépend de la brique. L’émulateur, en tant que logiciel, n’a rien d’illégal en soi. Ce sont les fichiers de jeu qui posent la question. Télécharger la ROM d’un titre que vous ne possédez pas reste une contrefaçon, y compris quand le jeu n’est plus vendu nulle part. Copier soi-même une cartouche que l’on possède relève d’un régime plus flou, variable selon les pays. Je ne suis pas juriste, et sur ce sujet le droit avance nettement moins vite que les usages.
Quelle console rétro portable choisir pour débuter ?
Pour un premier achat, restez sous les 100 euros et visez les machines les mieux soutenues par la communauté, comme la Miyoo Mini Plus ou les modèles d’entrée de gamme d’Anbernic. Vous couvrirez l’essentiel des catalogues 8 et 16 bits, plus la première PlayStation. Ne payez pas pour de la puissance PS2 tant que vous ne savez pas si vous jouerez vraiment.
Faut-il racheter les consoles d’époque ?
Seulement si l’objet vous intéresse autant que le jeu. Une vraie console demande un téléviseur compatible ou un adaptateur, des manettes en bon état, et un budget cartouches qui grimpe vite. Pour jouer, une machine moderne fait mieux. Pour retrouver la sensation exacte, la latence comprise, rien ne remplace le matériel d’origine.
Le mot de la fin
Ce qui m’amuse dans cette vague, c’est qu’elle ne parle pas seulement de nostalgie. Une bonne partie du public de ces petites machines n’était pas née quand les jeux sont sortis. Ils y viennent parce que ce sont des jeux courts, lisibles, finissables en une soirée, à l’opposé des services en ligne qui réclament un abonnement et deux cents heures de votre vie.
Le vrai sujet est ailleurs, dans ces 87 %. Tant que l’industrie ne rendra pas son propre catalogue accessible, la préservation restera l’affaire des amateurs. Drôle de situation pour un secteur qui n’a même pas cinquante ans.


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