1Q84 Livre 3 (Octobre-Décembre) est le troisième et dernier volume de la trilogie de Haruki Murakami, disponible en poche chez 10/18 dans la traduction d’Hélène Morita. Paru au Japon en 2010, un an après les deux premiers tomes qui avaient déclenché des files d’attente devant les librairies, il referme l’histoire d’Aomame et Tengo, ces deux personnages séparés depuis l’enfance et prisonniers d’un monde où brillent deux lunes dans le ciel.

Où l’on avait laissé l’histoire
Petit rappel sans trop dévoiler. Aomame, tueuse méthodique, et Tengo, professeur de maths et écrivain de l’ombre, ont basculé dans une année parallèle qu’Aomame baptise 1Q84, le Q comme un point d’interrogation posé sur la réalité. Une secte, Les Précurseurs, des créatures nommées les Little People, une chrysalide de l’air : le décor est planté. Le Livre 3 se déroule d’octobre à décembre et resserre l’étau autour des deux héros qui se cherchent sans se trouver.
Un troisième point de vue
La grande nouveauté de ce volume, c’est l’arrivée d’un troisième narrateur en alternance : Ushikawa, enquêteur disgracieux au service de la secte, lancé sur la piste d’Aomame. Là où les deux premiers tomes alternaient les chapitres Aomame et Tengo, le récit se dote ici d’un traqueur. Ce regard extérieur, laid et lucide, change le rythme et ajoute une vraie tension de filature au roman.
Ushikawa est aussi le personnage le plus humain du livre, précisément parce qu’il est le plus rejeté. Conscient de sa laideur, méprisé de tous, il déploie une intelligence patiente qui force le respect. Murakami lui offre quelques-unes des plus belles pages de la trilogie, et l’on finit par s’attacher à ce traqueur autant qu’aux proies qu’il poursuit.
Un tome plus lent, plus intime
Ceux qui attendent des révélations en cascade sur les Little People ou la mécanique de 1Q84 risquent d’être déçus. Murakami n’explique presque rien. Il choisit au contraire de ralentir, de tourner autour de l’attente, de la promesse d’une retrouvaille. Le Livre 3 est moins un roman d’action qu’une longue respiration amoureuse. C’est peut-être son défaut pour certains, et sa beauté pour d’autres.
J’ai dévoré les trois tomes à la suite, et je comprends les deux camps. Oui, le mystère reste largement irrésolu. Mais Murakami n’a jamais promis un thriller à tiroirs. Il écrit sur la solitude, la fidélité à un souvenir d’enfance, et la volonté têtue de retrouver l’autre coûte que coûte.
Faut-il lire les trois tomes ?
Impossible d’attaquer par le Livre 3, qui n’a aucun sens seul. La trilogie forme un seul long roman, découpé pour des raisons éditoriales. Mon conseil : les enchaîner. La lecture y gagne en immersion, on s’installe durablement dans cette Tokyo de 1984 légèrement décalée, et le glissement vers l’étrange se fait sans couture. C’est d’ailleurs l’un des grands plaisirs de Murakami : rendre le surnaturel presque domestique.
La patte Murakami, en majesté
On retrouve dans ce volume tout l’attirail familier de l’auteur : la musique omniprésente, les repas préparés avec soin, les longues plages de solitude, les objets du quotidien décrits avec une précision presque hypnotique. Cette manière de ralentir sur un détail banal, une tasse de café, un disque qui tourne, est ce qui divise les lecteurs. Certains y voient du remplissage, d’autres, dont je suis, y trouvent la texture même du réel qui rend l’irruption du fantastique si troublante.
La traduction d’Hélène Morita mérite d’être saluée. Elle restitue ce ton posé, presque neutre, qui fait la voix de Murakami en français, et sans lequel la magie ne prendrait pas. Lire ces mille cinq cents pages cumulées demande un peu de patience, mais on en ressort avec le sentiment d’avoir vécu quelque part, pas seulement lu une histoire.
L’auteur : Haruki Murakami
Haruki Murakami est né à Kyoto en 1949. Ancien tenancier d’un club de jazz, il devient l’écrivain japonais le plus lu au monde avec des romans comme La Ballade de l’impossible, Kafka sur le rivage ou Chroniques de l’oiseau à ressort. Traduit dans des dizaines de langues, régulièrement cité parmi les favoris du prix Nobel, il a bâti un univers reconnaissable entre tous : chats, puits, jazz, femmes disparues et frontières poreuses entre les mondes. 1Q84, publié au Japon entre 2009 et 2010, est son projet le plus ambitieux.
Trois raisons de le lire
- La conclusion nécessaire d’une trilogie qu’on ne peut pas laisser en plan.
- Ushikawa, personnage magnifiquement antipathique, qui vole souvent la vedette aux héros.
- Une histoire d’amour patiente, portée par la marque de fabrique de Murakami : le réel qui se fissure en douceur.
Questions fréquentes
Peut-on lire le Livre 3 sans les précédents ?
Non, vraiment pas. Les trois volumes forment un seul roman. Commencer par la fin reviendrait à ouvrir un film à sa dernière demi-heure. Il faut lire les Livres 1 et 2 d’abord.
Toutes les énigmes trouvent-elles une réponse ?
Non, et c’est un parti pris. Murakami laisse volontairement des zones d’ombre autour des Little People et de 1Q84. Si vous avez besoin d’explications nettes, ce final vous frustrera.
Que signifie le titre 1Q84 ?
C’est un clin d’oeil au 1984 de George Orwell. En japonais, le chiffre neuf se prononce kyû, proche du Q. Le titre marque ainsi l’année 1984 vue de biais, dans sa version parallèle et inquiétante.
Le mot de la fin
Le Livre 3 ne satisfera pas les amateurs de résolutions carrées, mais il offre une sortie juste et émouvante à une trilogie hors norme. Je le recommande sans hésiter, à condition d’accepter le pacte de Murakami : on ne lit pas 1Q84 pour comprendre, on le lit pour habiter un monde à deux lunes.
Repères
- Titre : 1Q84 Livre 3 (Octobre-Décembre)
- Auteur : Haruki Murakami (né en 1949)
- Parution originale au Japon : 2010
- Édition française : 10/18 (grand format Belfond)
- Traduction : Hélène Morita
À lire aussi
Où trouver ce livre
En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises. Cela n’ajoute aucun coût pour vous.


Laisser un commentaire